23 avril 2020
Personnel mouvant à l’Hôtel-Dieu
Les employés naviguent entre les zones chaudes et froides
Par: Maxime Prévost Durand

Plutôt que d’avoir une équipe dédiée à la zone chaude de l’Hôtel-Dieu, le personnel continue d’être appelé à naviguer entre les départements d’une journée à l’autre. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Même si le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Est avançait la semaine dernière qu’une équipe était dédiée spécifiquement à l’unité du Parc, la « zone chaude » de l’Hôtel-Dieu où se trouvent des cas de COVID-19, il semble que la réalité soit tout autre.

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Deux préposées aux bénéficiaires de l’Hôtel-Dieu, qui ont partagé leur témoignage au COURRIER, rapportent que le personnel continue de travailler sur différents étages du centre d’hébergement et de soins longue durée (CHSLD).

« À notre rencontre d’équipe journalière, notre chef de département nous disait que ceux qui travaillaient avec les résidents atteints de la COVID pouvaient aller travailler dans d’autres départements, à mon grand étonnement », raconte une des deux préposées.

Ce qui n’est pas permis, poursuit-elle, c’est de faire des heures supplémentaires dans un autre département à la suite d’un quart de travail auprès des résidents atteints de COVID-19.

« Donc, une préposée peut prodiguer des soins à un résident positif une journée et prodiguer des soins sur un autre département le lendemain. Ne devrait-on pas se servir des catastrophes que vivent les CHSLD aux prises avec une épidémie de cas dans leur centre pour gérer cela différemment, se questionne-t-elle. Il sera trop tard pour changer leur façon de faire lorsqu’un travailleur transmettra la COVID à un résident ou à un collègue. »

Ce témoignage était en réaction à l’intervention du conseiller aux relations médias et ministérielles au CISSS de la Montérégie-Est, Hugo Bourgoin, dans nos pages, la semaine dernière. Après avoir indiqué que le déploiement du dépistage systématique des employés n’était pas encore lancé, il avait spécifié qu’une équipe était dédiée à l’unité fermée qui accueille les cas de COVID-19.

« J’espère que vous avez conscience que ce qu’il dit et ce qui se passe vraiment entre les murs de l’établissement, ce sont deux choses complètement différentes, s’est insurgée une seconde préposée aux bénéficiaires. Mentir à la population n’est peut-être pas la solution en ce moment de crise. »

Mis au fait de ces échos du terrain, M. Bourgoin a apporté certaines nuances, mercredi, en réponse aux questions du COURRIER.

« Nous sommes dans une situation exceptionnelle et c’est une décision de dernier recours, a souligné le conseiller aux relations médias du CISSS de la Montérégie-Est. Nous devons avoir du personnel pour combler les besoins de base de nos résidents : les faire manger, les laver, leur donner leur médication. Nous envisageons à court terme des solutions pour réduire au maximum les déplacements entre les zones chaudes et froides. »

Rappelons que les huit cas positifs ou suspectés de COVID-19 présents à l’Hôtel-Dieu sont des personnes qui y ont été transférées et qui proviennent d’autres milieux de vie (ressources intermédiaires et résidences privées pour aînées). Ceux-ci se trouvent sur l’unité du Parc, fermée depuis leur arrivée. Aucun résident qui séjournait déjà à l’Hôtel-Dieu avant la crise n’a été infecté jusqu’ici, a précisé M. Bourgoin, ajoutant qu’il n’y avait d’ailleurs aucun cas recensé parmi les résidents de 14 des 16 centres d’hébergement du territoire du CISSS de la Montérégie-Est. Il a également confirmé qu’il n’y avait aucun cas positif au sein du personnel de l’Hôtel-Dieu. Cela dit, le dépistage systématique des employés, annoncé par le gouvernement Legault, n’est toujours pas commencé dans cet établissement, a-t-il reconnu.

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