3 janvier 2013
Les Fêtes
Par: Le Courrier
En 1956, Azarias Dupuis donne la bénédiction du jour de l’An à la famille de sa fille Rosilda, mariée à Pierre Bond, d’Acton Vale. Nous voyons, Pierre jr, Rosilda, Pierre, Pierrette, Jacques et Jean à l’avant. (Collection : Pierre Bond jr)

En 1956, Azarias Dupuis donne la bénédiction du jour de l’An à la famille de sa fille Rosilda, mariée à Pierre Bond, d’Acton Vale. Nous voyons, Pierre jr, Rosilda, Pierre, Pierrette, Jacques et Jean à l’avant. (Collection : Pierre Bond jr)

Le jour de l’An

Cette semaine nous présentons des extraits des Mémoires du Dr Jean Lafond, originaire d’Acton Vale, tout comme sa soeur, Juliette Lassonde. Ces deux personnages ont marqué la vie maskoutaine. Le Dr Lafond nous fait vivre les Fêtes vers 1930.

« Mes parents étaient profondément chrétiens et leurs exemples ont été des inspirations pour nous tous. La messe du dimanche et des jours de fêtes, l’observance du carême, la prière du soir, le Bénédicité et les Grâces étaient, non des habitudes routinières, mais des expressions de foi profonde. Dans mon enfance, la fête de Noël était une fête religieuse; la population presque entière assistait à la Messe de Minuit, l’église était remplie à craquer et on notait une grande ferveur religieuse chez tous les assistants. À la première messe, une Grand-messe, le chant grégorien, préparé par une pratique de quelques semaines par le choeur, était exécuté avec brio sinon avec art. Aux deux messes basses, les différents cantiques de Noël étaient chantés par toute l’assistance. La plupart assistaient aux trois messes. Ceux de ma génération acceptent très mal les changements apportés à la liturgie; face aux jeunes qui s’éloignaient de l’Église, on a voulu les attirer avec des messes à gogo et des chants que personne ne chante. La jeunesse n’a pas été attirée et les aînés ne se reconnaissent plus à l’église et la délaissent eux aussi. Fini le beau chant grégorien, finie la belle musique d’orgue et finis les sermons bien agencés et oratoirement débités. Après la messe, en groupe, on revenait à la maison avec les invités et avait lieu le réveillon. On faisait honneur aux tourtières, au ragoût, aux pâtés, aux tartes et gâteaux de toutes sortes. Puis, après un brin de causette, vers les quatre heures, tous allaient se coucher. Le soir de Noël, la réunion se faisait chez les grands-parents maternels; la dinde traditionnelle charmait les palais de chacun et les desserts spéciaux de grand-maman étaient dégustés avec voracité.

Le jour de l’An

Ce jour était le jour de fête des enfants car les cadeaux se donnaient ce jour-là et c’était aussi le jour de fête de la parenté car les visites pour les souhaits de bonne année se faisaient au jour de l’An. Souvent aussi on profitait de ce jour-là pour se réconcilier quand il y avait eu des chicanes au cours de l’année. Les cadeaux avaient été achetés et remisés dans des cachettes introuvables. Durant la soirée et la nuit, quand nous étions endormis, nos parents enveloppaient les cadeaux et les disposaient pour nous.

Au début de nos jeunes années, il n’y avait pas d’arbre de Noël; nous pendions des grands bas au mur du salon ou à la porte d’arche et les cadeaux peu coûteux, mais très utiles, étaient placés dans le bas ou au pied de chaque bas. Les chandails, les tuques, les gourets, les patins, les poupées, etc., nous remplissaient de bonheur. Au petit jour, le premier qui s’éveillait descendait, faisait le tour des cadeaux et remontait réveiller les autres. Les cris de joie tiraient nos parents de leur sommeil et ils venaient nous rejoindre et recevoir nos remerciements. C’est alors que toute la famille se mettait à genoux et que l’aîné (moi) demandait à papa sa « Bénédiction »; d’un grand geste de croix au-dessus de nos têtes, il nous faisait ses voeux de bonne année. Au jour de l’An, nos parents et les aînés de la famille allions à Fulford chez les grands-parents Lafond; nous prenions le train à la gare du C.P.R. vers 9 h 30 pour se rendre à Foster où nous changions de train et, par la grande ligne, arrivions à Fulford vers 11 h 30. Dans ce coin de notre pays, il y a soixante ans, il y avait beaucoup d’Anglais protestants qui ne fêtaient pas le jour de l’An; aussi, nous étions surpris de les voir travailler autour de leur maison. Mon oncle Adélard nous attendait à la gare et, après avoir parcouru un mille dans la berline à cloches, on arrivait chez le grand-père. Nos tantes Marie et Ernestine étaient déjà arrivées, avec leurs enfants, et les souhaits et embrassades de tout ce monde se succédaient; celles des jolies cousines étant particulièrement appréciées. La grand-mère, un tantinet haïssable, était pourtant une excellente cuisinière; elle était bien préparée et rien ne manquait au festin pour satisfaire pleinement une trentaine de convives tous très affamés. Dans l’après-midi, on passait en revue les évènements survenus dans la vie des familles au cours de l’année et chacun apportait ses commentaires. Aussi, quand sonnait l’heure du départ, nous connaissions l’histoire des familles. Nous faisions à l’envers le trajet du matin et étions de retour à la maison vers 20 heures; la fatigue nous gagnait, mais le bonheur nous remplissait l’âme. »

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