9 avril 2020
Anxiété causée par la COVID-19
Les organismes en santé mentale toujours à l’écoute
Par: Olivier Dénommée

Dans un contexte comme celui qu’on traverse actuellement, il est normal pour plusieurs personnes de se sentir anxieuses et en détresse. Différents organismes en santé mentale offrent toujours des services téléphoniques sur le territoire pour aider à passer à travers cette épreuve. Photo EZ fotos

Avec la crise actuelle de la COVID-19, le milieu communautaire est au front plus que jamais pour venir en aide aux plus vulnérables et aux personnes les plus durement touchées par les mesures mises en place par le gouvernement pour limiter la propagation de la maladie. Les organismes spécialisés en santé mentale sont aussi du nombre, même s’ils ont dû fermer et modifier plusieurs services pour s’adapter à la nouvelle réalité de distanciation sociale.

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« De semaine en semaine, on a eu à s’adapter aux nouvelles consignes du gouvernement. Au tout début, on encourageait les gens à poursuivre leurs jumelages; maintenant, on les invite à le faire encore, mais par téléphone », explique Sylvie Tétreault, coordonnatrice du Trait d’Union Montérégien (TUM), organisme basé à Saint-Hyacinthe qui a pour mission de briser l’isolement pour des personnes aux prises avec des problématiques de santé mentale. Plusieurs activités, comme les rencontres de groupe et la création de nouveaux jumelages, ont été suspendues jusqu’à nouvel ordre.

Or, selon Mme Tétreault, c’est justement en isolation que « les problèmes de santé mentale sont [le plus] amplifiés », ce qui rend plus que jamais crucial le travail des organismes en santé mentale. « Plusieurs personnes de notre clientèle recevaient de l’aide de leurs proches, mais certains sont maintenant eux-mêmes en situation précaire. On sent vraiment une hausse de la détresse psychologique depuis quelques semaines », note-t-elle. Ainsi, le TUM est très actif en ce moment en s’assurant que les personnes qui n’ont pas encore de « parrain » dans l’organisme reçoivent au moins un appel par semaine pour prendre des nouvelles.

Humour et positivisme

Le Centre psychosocial Richelieu-Yamaska (CPSRY) a aussi dû adapter ses services pour répondre aux exigences gouvernementales, empêchant maintenant l’accès à son centre de jour où plusieurs personnes se rencontraient au quotidien pour briser la solitude et faire des activités.

« On compte plus de 230 membres dans notre centre de jour, mais tout est arrêté. À la place, on s’assure qu’un intervenant appelle nos membres chaque semaine pour garder un contact et s’assurer qu’ils sont au courant des règles pour limiter la propagation de la COVID-19 », explique sa directrice générale, Guylaine Moore.

Selon elle, l’approche du CPSRY est d’envoyer des messages positifs à ses membres et d’utiliser l’humour pour les aider à passer à travers la crise. Chaque jour ou presque, l’organisme publie un petit quelque chose sur sa page Facebook. « Avec la crise qu’on vit actuellement, plusieurs personnes tombent en chômage, ce qui amène du stress et peut se transformer en détresse. Mais le Centre psychosocial est prêt à servir les personnes qui en ont besoin », mentionne Mme Moore.

Le confinement social a de bon le fait que, normalement, les intervenants sont sur la route pour rencontrer les gens partout sur le vaste territoire de l’organisme, mais que comme tout se fait par téléphone, ils sont en mesure d’aider davantage de personnes en moins de temps.

Contact prêt

Du côté de l’organisme Contact Richelieu-Yamaska, un centre d’intervention de crise et d’hébergement temporaire, on se aussi fait rassurant dans les circonstances. « Nous offrons un service essentiel et nous sommes prêts à prendre un grand volume d’appels. Nous n’en recevons pas plus que d’habitude, mais nous remarquons une modification du type d’appels reçus depuis le début de la pandémie », remarque la directrice de Contact, Myriam Duquette.

En ce moment, les gens sont inquiets à cause de leur situation financière, de la peur de manquer de certains produits (par exemple, le fameux papier de toilette) et, naturellement, à cause de la maladie elle-même. « On s’appelle un centre de crise, mais on n’intervient pas juste quand une personne est en état de crise, en train de crier ou aux prises avec des idées suicidaires. On est aussi là en backup pour les autres organismes qui ont dû diminuer leurs services ou carrément fermer dans la situation actuelle », assure-t-elle.

Vu la situation actuelle, son service d’hébergement temporaire pour personnes en situation de crise a dû être mis à l’arrêt, alors qu’en période normale, Contact est doté de quatre lits. L’organisme se concentre donc essentiellement sur les rencontres de suivi par téléphone.

Qu’en restera-t-il?

Aucune des trois directrices n’avait de boule de cristal pour prédire ce qui allait changer à la fin de la crise. « Je ne sais pas comment cette crise va changer la société, mais au moins, en ce moment, on parle de l’importance de la santé mentale. J’espère que ça en convaincra quelques-uns de s’impliquer dans un organisme comme le nôtre », commente Sylvie Tétreault.

De son côté, Mme Moore souhaite que la population tire une leçon de cette épreuve collective et qu’elle apprenne à se montrer plus empathique envers les personnes avec des troubles de santé mentale.

Finalement, la directrice de Contact espère que cette crise confirmera une fois de plus la pertinence de ces organismes et que cela convaincra le gouvernement d’augmenter leurs ressources pour bien servir la population à l’année. Seul l’avenir nous dira si ces vœux se seront réalisés.

Rappelons qu’il ne faut pas avoir honte de faire appel aux services d’un organisme en santé mentale, surtout lorsqu’on traverse une passe difficile. Contact Richelieu-Yamaska prend les appels en tout temps (24/7) au 450 774-6952.

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