4 avril 2019
Les taxis défendent leur modèle
Par: Rémi Léonard

Les chauffeurs Noémie Girard, Solange Robert et Martin Lavallée devant la centrale de Taxi Windsor St-Hyacinthe sur la rue Calixa-Lavallée, au centre-ville. L’entreprise regroupe 36 propriétaires de permis. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Comme leurs collègues de partout au Québec, les chauffeurs de taxi maskoutains sont engagés dans un bras de fer avec le gouvernement caquiste et son projet de loi 17, qui vient changer passablement le fonctionnement de leur industrie.

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Après avoir respecté les règles du jeu pendant de nombreuses années, les détenteurs de permis n’acceptent tout simplement pas de perdre un investissement chèrement acquis, a exposé en entrevue le président de Taxi Windsor St-Hyacinthe, Martin Lavallée. « On est révoltés, lance-t-il d’emblée. Nous avons toujours respecté la loi, dans un système créé par le gouvernement, et là, on déroule le tapis rouge à une compagnie [Uber] qui n’a jamais eu l’intention de payer ses taxes ici », a-t-il déploré.

Un permis de taxi à Saint-Hyacinthe se vendait autour de 120 000 $ jusqu’à tout récemment et certains ont même payé jusqu’à 150 000 $, a rapporté M. Lavallée. Des chauffeurs ont dû hypothéquer leur maison pour se le payer, alors que d’autres comptaient là-dessus pour leur retraite. « Et là, on vient leur dire que ça ne vaut plus rien », soulève-t-il, ne cachant pas « qu’il y en a qui sont déprimés » en ce moment parmi ses collègues.

Début des moyens de pression

Les taxis maskoutains ont participé à la grève nationale le 25 mars, et ce, même si Martin Lavallée admet qu’il n’apprécie pas particulièrement ce moyen de pression, dont l’impact se fait avant tout sentir sur le client. Les services liés à des raisons médicales ou au transport adapté ont néanmoins été maintenus, a-t-il souligné. Toutefois, les chauffeurs sont « prêts à tout » pour défendre leur gagne-pain, lance-t-il, promettant de se joindre aux prochaines actions qui seront mises en branle à l’échelle du Québec. Les représentants de l’industrie sont en effet sortis déçus de leur dernière rencontre avec le ministre des Transports François Bonnardel et préparent actuellement la suite des choses. On ignore encore quelle forme prendront ces nouveaux moyens de pression.

Martin Lavallée critique par ailleurs la façon dont les compensations gouvernementales ont été distribuées jusqu’ici. Il y voit une flagrante iniquité entre les régions et les grands centres. Les premiers 250 M$ accordés aux détenteurs de permis n’ont apporté que 1000 $ par permis à Saint-Hyacinthe, selon lui, alors que des montants beaucoup plus importants ont circulé dernièrement, a-t-il déploré. La loi prévoit une deuxième enveloppe de 250 M$ pour compléter les compensations.

De meilleurs services

Alors que le débat se fait autour de la « modernisation » de l’industrie, Martin Lavallée souligne que son entreprise effectue déjà des efforts pour moderniser son fonctionnement, par exemple en acceptant depuis quelques années tous les modes de paiement. Il voudrait par ailleurs développer une application mobile pour que le client puisse demander un taxi et suivre son arrivée directement sur son téléphone. Un outil évidemment inspiré d’Uber, même si le chauffeur critique vivement la philosophie de l’entreprise. Pour l’instant, la société américaine ne s’est pas installée à Saint-Hyacinthe, constate Martin Lavallée, « mais on est aux aguets », laisse-t-il tomber en avertissant que tout joueur semblable ne serait pas le bienvenue dans la région.

À son avis, les chauffeurs « traditionnels » offrent un service beaucoup plus humain que « quelqu’un qui veut juste arrondir ses fins de mois ». Il donne en exemple les services rendus à de nombreuses personnes âgées seules, qui ne peuvent à peu près pas sortir de chez elles et qui mandatent les chauffeurs pour faire quelques commissions ou monter leur épicerie, par exemple. « Je pense qu’on est appréciés à Saint-Hyacinthe parce qu’on offre un service à visage humain », soutient M. Lavallée.

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