31 décembre 2015
Les valises en redemandent
Par: Le Courrier
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Semblerait-il que les gens ­n’apprécient pas qu’on les prenne pour des valises. ­Pourtant, c’est précisément ce que fait le gouvernement du Québec avec son « nouveau » projet de registre des armes à feu non ­restreintes. Comme si ces armes étaient en libre circulation à la mode ­américaine.

Or au Canada (le Québec en fait encore partie), vous commettez un crime si vous possédez une telle arme sans détenir un permis de possession et acquisition, ­lequel nécessite cours et enquêtes sur la ­personne, le tout avec des délais d’obtention pouvant aller de quelques semaines à quelques mois parfois. De dire que ­l’enregistrement des armes aide la police à savoir qui en ­possède, cela est donc de la foutaise. Ce sont les permis, pas ­l’enregistrement, qui indiquent aux ­policiers qui est susceptible de posséder une arme. La police apprécie le registre parce qu’il lui permet de se fourrer le nez ­encore plus facilement dans votre vie ­personnelle sans mandat. Valises.

« Un registre accroit la sécurité de la ­population. » Foutaise. Lors des débats (qui ont duré des années) menant à ­l’abolition du registre fédéral, personne n’a jamais été en mesure de citer un seul cas où une seule vie fut sauvée grâce à ce registre. Pas un seul cas. Ce n’est pas par manque d’investissement, pourtant : lors de la création du ­registre en 1995, ­Allan Rock avait parlé d’un déboursé de 5 millions pour son implantation. On y a englouti 2 milliards avant de commencer à se questionner sur la ­pertinence de cet « investissement ». Le Québec nous dit aujourd’hui que son « nouveau » registre coûtera 17 millions à implanter, et 5 millions par année à maintenir. Foutaise. Depuis 1990, du temps de Marc-Yvan Côté, que l’on s’échine à vouloir informatiser les dossiers médicaux ­québécois. Échec par-dessus échec au fil des années, maintenant des décennies. Ce ne sera pas chose faite avant 2021 aux dernières nouvelles, et les prévisions quant aux coûts en sont rendues à 1,6 milliard. Une prédiction réaliste : l’enregistrement des fusils des chasseurs de canards n’est pas seulement inutile; ce sera aussi un autre flop informatique dans un abîme financier, on peut compter sur le gouvernement du Québec pour ça. Ce Québec qui n’a pas d’argent pour payer ses employés ni pour aider à vous fournir un médecin de famille ou à réduire les délais d’attente va engloutir des millions dans cette connerie? Où est l’austérité? Valises que nous sommes.

Qu’est-ce que c’est que cette nouvelle ­mesure? Appuyée en plus à l’unanimité par une opposition qui n’éprouve que de la trouille à se tenir debout pour vraiment s’opposer alors que ce serait le moment de le faire? Un monument aux victimes de ­Polytechnique (coincidence, n’est-ce pas, le dépôt du projet autour de ­l’anniversaire du massacre de 1989?). Une vaste ­entreprise de démagogie : qu’on imagine seulement les votes perdus au prochain scrutin par quiconque oserait s’opposer à la vertu absolue que représente ce projet…

Comme plusieurs parmi nous, j’avais des réserves à l’égard du précédent ­gouvernement fédéral, dont nous nous sommes défaits cet automne. Mais aucun gouvernement ne peut avoir tort tout le temps. Il a eu le bon sens de se ­débarrasser du registre pancanadien. Le contrôle des armes est de juridiction ­fédérale. Que peut valoir un registre ­provincial qui n’a aucun lien avec le code criminel et qui nous marginalisera encore un peu plus dans un pays où les armes de chasse ne sont ­enregistrées nulle part ailleurs? On prend les ­citoyens pour des valises. Mais les valises en redemandent.

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