6 septembre 2012
Les villages et le développement durable
Par: Le Courrier

En tant que citoyenne de Sainte-Hélène-de-Bagot depuis 1994, je me permets d’écrire afin de soulever une réflexion à la suite des articles parus récemment dans LE COURRIER concernant le dézonage de terres agricoles pour des fins de lotissement. Il est clair que les municipalités voient dans cette stratégie un moyen d’augmenter leurs revenus. Plus de résidents, plus de taxes à percevoir. L’équation est simple et surtout facile à appliquer.

En tant que citoyenne de Sainte-Hélène-de-Bagot depuis 1994, je me permets d’écrire afin de soulever une réflexion à la suite des articles parus récemment dans LE COURRIER concernant le dézonage de terres agricoles pour des fins de lotissement. Il est clair que les municipalités voient dans cette stratégie un moyen d’augmenter leurs revenus. Plus de résidents, plus de taxes à percevoir. L’équation est simple et surtout facile à appliquer.

Cependant, ayant gradué en agronomie en conservation des sols à l’université McGill en 1990, il m’est impossible d’entériner une telle option de développement. Lorsque les lots des zones nouvellement dézonées seront tous vendus, comment la municipalité pourra-t-elle aspirer à percevoir plus d’argent? À plus ou moins loin terme, il faudra trouver d’autres solutions, et peut-être que les élus désireront dézoner à nouveau. C’est une vision de développement qui offre des solutions à court terme. À long terme, ce n’est pas une solution viable. La terre agricole, ce n’est pas renouvelable. Dix mille ans ont été nécessaires pour modeler la couche arable de nos terres agricoles. Une fois qu’on y construit des infrastructures, c’est terminé, la productivité de la couche arable est anéantie. Les décisions actuelles doivent être responsables, car elles auront un impact décisif sur la réalité de demain des générations futures. Comment une municipalité pourrait avoir plus d’argent afin d’améliorer les services offerts à ses citoyens et du même coup améliorer leur qualité de vie? Chaque municipalité est géographiquement disposée de manière à avoir une réalité qui lui est propre. Donc, une solution ne peut être applicable partout en même temps, et les gens d’un milieu donné doivent trouver des solutions qui sont le reflet de leurs réalités et aspirations. Alors, voici ma solution pour Sainte-Hélène-de-Bagot. Voici comment on pourrait avoir plus d’argent et éventuellement dans plusieurs années, réduire les taxes municipales tout en améliorant le cadre de vie des résidents. Sainte-Hélène est située sur le bord de l’autoroute 20. Ses richesses, les gens qui habitent Sainte-Hélène, soit beaucoup d’agriculteurs habités par cette même passion qui est celle de vivre de l’agriculture. L’autre richesse, les touristes qui arrêtent ici, un « truck-stop » incontournable, pour dépenser. Constat : depuis que je suis ici, les fermes meurent à petit feu. Mon plan d’action serait d’abord de construire un restaurant pour accueillir tous ces gens qui arrêtent tous les jours de l’année. Dans un premier temps, les repas servis seraient composés d’aliments du Québec majoritairement (disons dans une proportion de 90 %). Un des objectifs serait de vendre un maximum de produits dont la provenance serait Sainte-Hélène, attribuons une période de 25 ans pour atteindre cet objectif. L’agriculture devra se diversifier pour répondre au besoin réel du restaurant. L’objectif ultime, rapatrier l’argent qui s’en va chez les multinationales de la malbouffe pour offrir une cuisine santé faite de produits du terroir. La malbouffe disparaîtra à force d’éducation et d’expérimentation des consommateurs. Le « fast food » laissera lentement la place au « slow food ». Le restaurant serait construit grâce à une collaboration de 100 $ pour chaque adresse civique de la municipalité. Puis, avec le plus de travailleurs bénévoles (une sorte de bis gigantesque), les coûts de construction seraient gardés au plus bas, de manière à minimiser un prêt potentiel. Idéalement, le bois des terres de Sainte-Hélène serait utilisé. Une fois les coûts de fonctionnement payés (aliments, salaires, assurances, énergie et le capital remboursé), les profits iraient à l’amélioration de l’environnement. Des sentiers utilisables par des utilisateurs qui ne consomment pas de pétroles (les cyclistes, les piétons, les cavaliers en été, les fondeurs en hiver, les chiens de traîneaux) permettraient aux résidents et aux gens qui s’arrêtent dans notre village de profiter de l’environnement et de passer plus de temps chez nous. Bien évidemment, ça prend une énorme volonté de la part des citoyens et propriétaires terriens. Une fois les sentiers organisés, les profits du restaurant pourraient servir à mettre sur pied une usine de production d’énergie à partir de la biomasse. Le village fabriquerait de l’énergie, comme plusieurs municipalités allemandes. Cette énergie pouvant être utilisée pour le bien commun tel que l’école, la garderie, la maison des jeunes, le restaurant, une salle communautaire, etc., et au mieux, revendue lorsqu’il y en a trop. Les agriculteurs auraient un débouché pour leurs produits agricoles et les fermes arrêteraient de mourir. Éventuellement, un marché agricole pourrait être greffé au projet. Il faut sortir des cadres connus pour développer autrement qu’en taxant de plus en plus les résidents. Le développement durable est la seule solution qui puisse donner espoir et assurer la pérennité des systèmes économiques, agricoles, environnementaux et sociaux. Après tout, n’était-il pas écrit dans LE COURRIER que « la vocation première de la région consiste en la production, la transformation, la formation et la recherche dans le domaine agroalimentaire ». En quoi le village-dortoir répond-il à cet énoncé? En conclusion, j’ose espérer que les élus municipaux des différents villages de la Montérégie sauront s’inspirer du rapport Pronovost. Selon ce dernier, les terres agricoles constituent un patrimoine collectif. Cela cadre bien avec un énoncé bien connu, « la terre ne nous appartient pas, on l’emprunte à nos enfants ». Chaque hectare que nous retirons de l’agriculture, si telle est l’avenue empruntée, constituera une lourde dette que nous leur laisserons sur les épaules.

Caroline Morin, ex-agronome Présidente de la compagnie Les Aliments Alternatifs 2000 Sainte-Hélène-de-Bagot -30-

image