1 mars 2012
Maisons de la rue Girouard (23) : Résidences de commerçants
Par: Le Courrier
Photo Archives CHSH circa 1910 / France Labossière 2011

Photo Archives CHSH circa 1910 / France Labossière 2011

Magasin Raymond

Magasin Raymond

Le présent article et le suivant seront consacrés à deux maisons situées à l’angle des rues Raymond et Girouard, deux maisons qui prennent place côte-à-côte, et qui témoignent de la vie de la famille Raymond qui a joué un rôle important au niveau du commerce à Saint-Hyacinthe, et ce, durant plusieurs décennies. La première maison, connue sous le nom de « magasin Raymond », fera l’objet du présent article, alors que le prochain article traitera de la maison voisine, la maison « Noé Raymond », du nom de l’un des propriétaires du magasin Raymond.

Les deux maisons sont construites sur des terrains qui faisaient autrefois partie d’un plus vaste emplacement qui appartenait, à la fin du XVIIIe siècle, au commerçant Eusèbe Cartier. Ce dernier y exploitait un magasin général en face de ces résidences, du côté de la rivière, à même sa demeure aujourd’hui disparue. À son décès en 1862, monsieur Cartier lègue « la jouissance et usufruit leur vie durant à Rémi Raymond et Héloïse Boutillier, sa nièce, de ses biens, …et la nue propriété des mêmes biens aux enfants nés de leur mariage ».Le marchand Rémi Raymond et sa femme Héloïse ont cinq enfants. « Au décès d’Eusèbe Cartier, selon le livre D’une rue à l’autre, Rémi Raymond se porta acquéreur du commerce et continua les affaires dans le même établissement de la rue Girouard jusqu’en 1874. En cette année de 1874, Noé et Alphonse Raymond succédèrent à leur père et transportèrent le commerce de l’autre côté de la rue Girouard, juste sur le coin de la rue Raymond. »C’est donc vers 1874 qu’aurait été bâtie la maison que l’on peut voir encore aujourd’hui à l’angle des rues Girouard et Raymond et qui porte le numéro civique 2300 de la rue Girouard Ouest, pour servir de magasin général aux frères Noé et Alphonse Raymond. Chose certaine, la maison de brique rouge au toit mansardé percé de lucarnes à pignon est assurément érigée en 1875 puisqu’un plan de la ville datant de 1875 montre clairement le bâtiment avec l’indication « gro » pour grocery. De plus, le bottin de 1875 indique « Raymond et Frère » sur la rue Girouard, sans adresse précise par contre.Au décès d’Alphonse Raymond en 1903, le magasin Raymond ainsi que l’ensemble des terrains faisant partie de la propriété d’Eusèbe Cartier, font l’objet d’un partage complexe entre les successions de Noé, décédé en 1898, et d’Alphonse Raymond. En 1908, ce sont finalement trois des quatre enfants d’Alphonse, les révérends Joseph et Louis ainsi que leur soeur Héloïse, qui deviennent propriétaires de ce bâtiment qui fera l’objet d’un échange contre une propriété du comptable Alphonse Richer en 1909. Ce dernier gardera la résidence pendant plus de quarante ans, jusqu’à ce qu’il la revende à son fils l’optométriste Jean-Louis Richer, en 1954.Une photographie ancienne prise vers 1910, alors que le magasin général est à ce moment exploité par Émile Brunelle, à titre de locataire, nous permet de reconnaître facilement le bâtiment malgré des modifications importantes apportées ultérieurement. La maison a en effet conservé sa volumétrie d’origine, la forme du toit et de deux ouvertures en façade au deuxième étage, une au sommet arrondi et une autre en forme d’oculus. Ces ouvertures ont par contre été dépouillées de leurs fenêtres d’origine et l’ornement au faîte du toit, éliminé.C’est en 1930 que disparaît définitivement le magasin au rez-de-chaussée et qu’est rajouté en façade un volume de brique de deux étages. En effet, un permis de construction émis par la ville de Saint-Hyacinthe le 17 avril 1930 indique les travaux suivants à effectuer : « Faire un logement à la place du magasin. Ajouter un solarium en avant de 14’X 7 ». Le bâtiment qui possède déjà trois logements en aura donc quatre après les rénovations. Par conséquent, la disposition et le nombre des ouvertures seront modifiés de façon importante et la galerie du deuxième étage, de petites dimensions et centrée avec la porte d’entrée principale, disparaîtra. Un autre permis de construction est émis en 1960 pour l’aménagement d’une nouvelle galerie en béton et muret de pierre en façade. Tous ces travaux ont quelque peu affecté l’authenticité de cette maison à logements. Malgré tout, l’ancien magasin Raymond reste un rare exemple à Saint-Hyacinthe, avec son toit à la Mansard, d’une construction de style Second-Empire, dans une version simplifiée. Ce style caractérisait également la maison de Georges-Casimir Dessaulles qui malheureusement ne fait plus partie du paysage maskoutain.

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