17 janvier 2013
Leur demande d’asile est refusée
Maskoutains d’adoption menacés d’expulsion
Par: Le Courrier

Le 22 janvier 2009, Leticia Aguila, son mari Esteban Pavon et leurs filles Fernanda et Stephanie atterrissaient au Canada, fuyant le Mexique où ils étaient victimes d’extorsion et d’agressions armées. Tout de suite, ils se sont réfugiés à Saint-Hyacinthe, où ils sont devenus des leaders dans leur communauté. Mais près de quatre ans plus tard, la famille Pavon a vu sa demande d’asile refusée. Bientôt, par une simple lettre à la poste, elle recevra la date à partir de laquelle elle ne sera plus ici chez elle.

Pourtant, la famille Pavon est un exemple d’une immigration réussie. De quoi faire la fierté de Forum 2020. Les parents ont de bons emplois chez Spécialités Lassonde depuis bientôt trois ans. Leurs jeunes filles se sont adaptées à leur environnement et ont déjà des projets d’avenir. Tout ce beau monde parle aussi un français remarquable.

Mieux encore, les Pavon sont impliqués dans les activités d’accueil des nouveaux immigrants et organisent chaque été une fête avec les travailleurs saisonniers. Leur dossier bien préparé pour obtenir le statut de réfugié contenait les preuves de leurs revenus et les lettres d’appuis du maire de la Ville, des députés provincial et fédéral, ainsi qu’une confirmation d’emploi de Lassonde. Mais tout ça n’aura rien changé : au Canada, les demandeurs d’asile doivent prouver au tribunal qu’ils ont une crainte bien fondée de persécution dans le pays de leur nationalité. Or, la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) a estimé que la famille Pavon faisait face à un risque généralisé au Mexique où « il semblerait que les marchands ou les personnes riches ou d’apparence riche sont plus susceptibles d’être extorquées que le reste de la population », peut-on lire dans la décision rendue par Me Michel Jodoin. Le tribunal conclut aussi que « les malfaiteurs associés aux bandes criminalisées auraient sûrement oublié les demandeurs – la famille Pavon – depuis ce moment », soit le moment de leur départ du Mexique.Depuis la décision d’appel, reçue le 21 décembre, la famille est inquiète. Chacun craint de retourner au Mexique et de renouer avec cette peur qui les habitait au quotidien.« C’est un drôle de sentiment. Nous sommes reconnaissants aux autorités canadiennes de nous avoir accueillis ici. Cela nous a permis de vivre en paix pendant quatre ans. Je sens que mes filles sont en sécurité et je les laisse sortir dans la rue toute seule, ce que je n’aurais jamais fait au Mexique sans craindre pour elles », raconte Mme Aguila.« Le Canada a ses lois et elles doivent être respectées. Mais il manque de connaissances ici sur ce qui se passe réellement ailleurs, en particulier au Mexique. Quand un gang de rue vous prend comme cible, il ne va pas vous oublier. »

Douloureux souvenirs

Les ennuis ont commencé en 1999 pour la famille Pavon. Leur atelier de couture, puis leur commerce de nourriture pour animaux de la ferme ont tour à tour été dévalisés. Puis, en pleine rue et au grand jour, M. Pavon s’est fait extorquer une importante somme d’argent à la pointe d’un fusil alors qu’il sortait de la banque.

Trois fois la famille Pavon a encaissé le coup et assumé les pertes. Trois fois elle a recommencé de presque rien, avec l’espoir que les attaques cessent. Jusqu’au 30 décembre 2008. Ce jour-là, la camionnette à bord de laquelle toute la petite famille prenait place a été arrêtée par des criminels en pleine autoroute. « Ils étaient armés de gros fusils. Ils se sont adressés à mon mari par son surnom. Ils savaient qui nous étions. J’ai pensé que c’était fini », raconte Mme Aguila, encore ébranlée. Autour d’elle, toute la famille essuie les larmes d’un souvenir encore douloureux. « Mais il y a eu un miracle, poursuit-elle. Une sirène s’est fait entendre et les hommes armés ont pris la fuite. C’était une ambulance qui passait par là. »La famille s’est réfugiée à la maison. « On s’est barricadé et on a pleuré toute la soirée. On a passé le jour de l’An enfermé chez nous, sous le choc, à se demander ce qu’on allait faire », poursuit Mme Aguila.Quelques jours plus tard, la famille s’envolait vers Montréal et déposait une demande d’asile. « Pour nous, c’est clair que notre famille était visée. On est venu à Saint-Hyacinthe parce qu’on connaissait une famille ici. Et on a été bien accueilli. Tout le monde nous a aidés », raconte la mère de famille.Comme leur parent, Fernanda, 16 ans, et Stephanie, 11 ans, ont trouvé leur place ici, après avoir surmonté la barrière de la langue qui les séparait des autres enfants. Le sort de la petite famille repose désormais entre les mains d’une décision politique, seul moyen de réviser la décision. « Le seul espoir, c’est que notre députée fédérale, Marie-Claude Morin, porte notre cause jusqu’au ministre et qu’il change la décision. On va y croire jusqu’au bout », conclut Mme Aguila.

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