13 août 2020
Explosions à Beyrouth
Maskoutains d’origine libanaise : familles indemnes, ville dévastée
Par: Jennifer Blanchette

Bilal Hamade a vécu des heures angoissantes lors des explosions survenues à Beyrouth puisque sa fille y séjournait en vacances. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Les explosions survenues la semaine dernière à Beyrouth, au Liban, ont durement secoué les proches de plusieurs Maskoutains d’origine libanaise. Si les membres de leur famille s’en sont tirés sans blessures graves, les Libanais rencontrés par LE COURRIER se questionnent sur les chances de survie du pays à la suite de cette terrible tragédie.

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Bilal Hamade, propriétaire du restaurant Allô mon coco de Saint-Hyacinthe, s’affairait en cuisine lorsque les déflagrations ayant rasé une partie de Beyrouth ont retenti à 8000 kilomètres de son commerce. « Mon téléphone s’est mis à sonner sans arrêt. J’ai immédiatement senti que quelque chose de grave venait d’arriver. Les gens savent que je ne peux pas répondre durant l’heure du dîner au resto. Puis, j’ai vu la tragédie à la télé. Je n’étais plus capable de continuer à travailler », exprime-t-il.

Les pensées de M. Hamade se sont immédiatement tournées vers ses proches résidant au centre-ville de Beyrouth et plus particulièrement vers sa fille, Sarah. Profitant de son congé estival pour visiter la famille élargie, la femme de 24 ans a atterri dans ce petit pays du Moyen-Orient une semaine avant les détonations.

« Après l’explosion, nous n’arrivions pas à joindre Sarah, ma femme et moi. Nous étions très inquiets, car nous savons qu’elle aime sortir et visiter la ville. Heureusement, elle s’en est sortie indemne », raconte M. Hamade.

Au moment de l’impact, Sarah se trouvait dans un centre commercial situé à cinq kilomètres du port de Beyrouth. Les vitres du bâtiment ont éclaté, mais la femme n’a pas été blessée. « Elle a vécu un choc nerveux », affirme son père.

Les autres membres de la famille de M. Hamade n’ont pas subi de dommages corporels, à l’exception de sa cousine pharmacienne. Sur une vidéo tirée des caméras de surveillance de la pharmacie dont elle est propriétaire, on aperçoit la dame s’activer à l’avant de son commerce, puis être violemment projetée au sol parmi les débris de vitres cassées. La pharmacienne est demeurée à l’urgence pendant près de huit heures afin de faire retirer les éclats de verre qui s’étaient logés dans sa peau.

La résidence des parents de M. Hamade, érigée non loin du port de Beyrouth, a été happée de plein fouet par la secousse. Les fenêtres du domicile familial ont explosé, les murs ont été lézardés et la porte d’entrée a été fracassée en deux.

« Lorsque ça a explosé, chaque personne a cru que la déflagration avait retenti à côté d’elle tellement c’était fort. Mon cousin, qui habite en périphérie de Beyrouth, m’a dit qu’il n’avait jamais entendu un son comme celui-là », détaille M. Hamade, qui réside au Québec depuis 25 ans.

« Un autre coup de masse »

Pour Nadia Chaaban, dont la famille est en sécurité dans les montagnes libanaises, cette tragédie est « un autre coup de masse » pour le pays. « Le Liban a vécu la guerre civile durant des années. Les gens meurent de faim. La crise économique sévit durement depuis des mois. On est peut-être habitués aux bombes et aux catastrophes, mais ça, c’est triste, c’est inquiétant. Ça m’a fait énormément de peine lorsque j’ai appris ce qui s’était passé », révèle celle dont le père est d’origine libanaise.

La Maskoutaine est d’autant plus atterrée pour les Libanais puisque les explosions ont réduit à néant le poumon économique de l’État. « Le Liban est un pays importateur et il ne reste plus rien du port de Beyrouth », se désole-t-elle.

La femme de 42 ans croit néanmoins que le pays parviendra à se relever de ce désastre. Elle qualifie même ses compatriotes d’outre-mer de « peuple du phénix » en raison de la résilience que manifestent les Libanais crise après crise.

« Les gens sont dévastés en ce moment. Le moral est à zéro. Ils touchent le fond, mais tout cela va amener un changement dans le pays. Il y a des signes de mobilisation à l’international. Le Liban est maintenant sur la carte et je sens que la population mondiale est empathique à la tragédie, sans doute parce qu’elle a touché principalement des civils. Mais, en effet, c’est un changement très cher payé », note Mme Chaaban.

Sans avenir

À Saint-Hyacinthe depuis deux ans, Nour Abou Nader ne voit pas la situation du même œil. Pour sa part, elle affirme « ne plus avoir d’espoir pour le Liban ».

Elle entrevoit difficilement un avenir pour les jeunes de son pays d’origine qui doivent composer avec une récession sans précédent, l’appauvrissement constant et l’hyperinflation. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à s’exiler, estime-t-elle.

« Même mes parents, qui n’ont jamais songé à émigrer, considèrent maintenant cette option. Je leur ai dit que je ne les laisserais pas là-bas et que je ferais tout pour les amener au Canada avec moi », soutient la doctorante en biologie de la reproduction à la Faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe.

Elle était d’ailleurs à la Faculté lorsqu’elle a vu les terrifiantes images en provenance de la capitale libanaise pour la première fois. « J’ai été dans un état de choc que je ne peux pas décrire. Je n’arrivais pas à faire face à l’horreur que je voyais. » Les proches de Mme Abou Nader n’ont pas été touchés par les détonations.

« La colère gronde là-bas, poursuit-elle. Le gouvernement prouve de plus en plus son incompétence ainsi que la corruption qui l’anime. Le peuple ne va pas se taire cette fois-ci. C’est certain qu’il voudra faire tomber la classe dirigeante », avance la femme de 26 ans.

Selon l’Agence France-Presse, les deux explosions survenues à Beyrouth ont fait plus de 100 morts et blessé des milliers de personnes. Plus de 2500 tonnes de nitrate d’ammonium abandonnées dans un hangar du port de la ville sont à l’origine des déflagrations.

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