20 décembre 2012
Mgr François Lapierre sous les projecteurs
Par: Le Courrier

Il y aura bientôt 15 ans qu’il a pris la tête du Diocèse de Saint-Hyacinthe. Quinze années de profonds changements dans la société qui forcent l’Église à réfléchir autrement. Voilà pourtant un renouveau qui plaît à Mgr François Lapierre, qui cumule des responsabilités nationales et internationales. Responsable de la commission justice et paix, du dialogue anglican catholique, du dialogue avec les Juifs, il parcourt le diocèse, le pays et le monde en quête de partage d’idées et de solutions.

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Vous revenez d’une mission à Rome où vous avez participé au Synode sur la Nouvelle Évangélisation. De quoi s’agit-il?

C’était une grande assemblée de 262 évêques venus de 114 pays. J’y étais parce que j’ai été élu comme représentant des évêques canadiens, avec trois collègues. On vit dans une société qui a changé beaucoup, ce qui entraîne de nouvelles réalités pour l’Église. Par exemple, l’appartenance religieuse ne dépend plus uniquement de l’héritage familial. Et de nos jours, beaucoup de gens vont à l’Église un peu comme on va au dépanneur quand on a besoin de quelque chose. Ils viennent chercher un service religieux : ils veulent un baptême ou des funérailles. Pourtant, l’Église doit être une communauté, un lieu où l’on vit ensemble une expérience spirituelle. Ce sont des raisons comme celles-là qui nous amènent à parler de Nouvelle Évangélisation. On sent le besoin de changer à l’intérieur de l’Église nos façons de faire et de voir. Ça ne veut pas dire que ceux avant nous n’ont pas bien fait les choses. Ça veut plutôt dire qu’il existe quelque chose de nouveau.

On s’interroge sur l’avenir des églises de Saint-Hyacinthe. Quel est l’état des lieux?

Il faut accepter que l’Église, comme d’autres institutions, vit une période de changements. Les besoins ne sont plus les mêmes. Il y a de plus en plus de rencontres de petits groupes et de moins en moins de grandes assemblées. On a construit beaucoup d’églises et c’est certain qu’on ne peut pas maintenir tout ce parc immobilier. Pour l’instant, l’église Sacré-Coeur n’a toujours pas été vendue. Mais si l’on prend, par exemple, l’église du Christ-Roi, je trouve que c’est une vente réussie. Ce lieu sert la communauté au plan culturel. C’est mon souhait que les églises que l’on devra vendre restent debout et qu’elles continuent de servir la communauté.

Existe-t-il des priorités pour le diocèse? À long terme, que veut-on sauver?

C’est évident qu’il y a des priorités. La Cathédrale est une priorité. On a restauré l’orgue Casavant et on a maintenant l’un des meilleurs instruments en Amérique du Nord. L’église Notre-Dame-du-Rosaire est aussi une priorité puisqu’elle est le lieu de la première paroisse de Saint-Hyacinthe. Ces deux églises sont près l’une de l’autre, mais elles sont symboliques. Par contre, il n’existe pas de liste exhaustive qui mettrait en ordre les églises. Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Quand on doit fermer une église, tout le monde voudrait que ce soit celle du voisin. Je crois davantage en un projet pastoral. Quand on ferme une église, on ne ferme pas une communauté. La communauté continue à vivre avec d’autres moyens. Vous savez, ce n’est pas que négatif. La situation nous oblige à penser autrement.

Un comité sur l’avenir du Séminaire a aussi été mis en place. Qu’en est-il de l’oeuvre du Séminaire?

L’oeuvre du Séminaire existe actuellement à cause des revenus générés par les terrains qu’elle possède. Mais en plus de la gestion des terrains, il y a aussi tout un patrimoine religieux à préserver. Le séminaire a été créé avec deux objectifs. D’une part, il y avait une mission d’éducation, qui doit demeurer une priorité. Le second objectif, c’était la vocation religieuse, mais actuellement, on a un défi de relève dans l’Église. Pour l’avenir, on voudrait faire du Séminaire un lieu de mémoire, avec sa bibliothèque et ses archives, mais aussi un lieu qui aide au niveau de la foi. On voudrait que ce soit une maison ouverte qui puisse servir sa communauté, par exemple avec sa chapelle. C’est important que l’histoire depuis plus de 200 ans ne disparaisse pas. Moi je crois que si on n’a pas de mémoire, on n’a pas d’avenir. C’est comme en auto, on a besoin d’un rétroviseur.

L’immigration à Saint-Hyacinthe est-elle une planche de salut pour l’Église?

Moi je vois la présence de Dieu dans cette réalité-là. Qui aurait pensé, il y a dix ans, qu’il y aurait des centaines et des centaines d’immigrants à Saint-Hyacinthe en 2012? J’ai vécu en Amérique latine pendant plusieurs années et je n’aurais pas cru que je célèbrerais un jour la messe en espagnol à la Cathédrale de Saint-Hyacinthe. C’est une réalité nouvelle. Il y a des gens du Mexique, du Guatemala, de la Colombie, du Chili, du Pérou, du Venezuela, de Madagascar… Les dimanches soirs, à l’Église, on a l’impression d’être dans une société des nations. Et il ne faut pas oublier les centaines de travailleurs saisonniers qui viennent passer l’été. Bien sûr, ça change nos façons de faire. On a un prêtre et un employé à temps plein qui travaillent auprès des immigrants. Le fait que je parle espagnol, ça me permet de célébrer avec eux, de rencontrer les gens et je crois que ça aide à l’intégration. Ce sont des citoyens qui participent avec beaucoup de ferveur.

La question à laquelle vous auriez voulu répondre.

Je dirai un mot sur Noël. À l’approche de Noël, je souhaite simplement que la fête soit plus qu’un bon repas, plus que des cadeaux. Je souhaite que ce soit l’occasion de renouveau au plan spirituel et au plan de la foi. Une société ne vit pas juste avec des biens matériels. Elle vit aussi avec des biens spirituels, mais on les voit moins. Comme Saint-Exupéry l’a écrit : « L’essentiel est invisible pour les yeux. »

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