28 mars 2019
Michel « Willie » Lamothe s’éteint
Par: Maxime Prévost Durand

Le bassiste maskoutain Michel Lamothe, fils du célèbre Willie, a fait sa renommée dans le monde de la musique avec les groupes Offenbach et Corbeau. Photo Linda Boucher

En 2001, Michel Lamothe avait remporté un Félix pour son album Willie Lamothe et fils, en hommage à son père Willie. On le voit ici poser en compagnie de son fils, qui porte également le prénom de Willie, selon les archives du COURRIER. Photothèque | Le Courrier ©

En plus d’Offenbach, Michel Lamothe a posé ses riffs de basse sur la musique de Corbeau. On l’aperçoit ici (deuxième à partir de la droite) en compagnie de Jean Millaire, Marjo, Donald Hince et Roger « Wézo » Belval. Photo Linda Boucher

Michel Lamothe et son père Willie auront marqué la musique québécoise chacun à leur façon. Photo Linda Boucher

La santé fragile depuis quelques années, le bassiste maskoutain Michel « Willie » Lamothe est décédé en début de semaine à l’âge de 71 ans. Au cours de sa carrière, le fils du légendaire Willie Lamothe a marqué la musique québécoise, notamment avec les groupes Offenbach et Corbeau, dont il a été le cofondateur.

Une grave pneumonie avait affecté Michel Lamothe il y a cinq ans et sa vie n’a plus été la même par la suite. Souffrant d’emphysème, il a été hospitalisé à plusieurs reprises. À un moment, il a même été déclaré cliniquement mort à la suite d’un arrêt cardiovasculaire, avant de revenir à la vie quelques secondes plus tard. Avec une qualité de vie nettement amoindrie depuis, le fils de Willie a poussé son dernier souffle lundi, dans la maison de son père à Saint-Pie.

« On s’attendait à ça », dit sereinement Pierre Harel, joint par LE COURRIER, mardi. Celui-ci a été un fidèle complice de Michel Lamothe au fil des années, tant sur le plan musical, dans Offenbach et Corbeau, que sur le plan personnel. Il allait encore lui rendre visite presque chaque mois. « Il n’allait pas bien. Il ne sortait plus, il était obligé de rester chez lui. Ces derniers temps, sa maison avait été adaptée, tout ressemblait à une chambre d’hôpital. Sa femme Linda et sa sœur Danielle s’occupaient de lui. Il devait toujours y avoir quelqu’un avec lui parce qu’il était rendu en chaise roulante avec une bonbonne d’oxygène. C’est bien triste. »

C’est au sein des Gants blancs, aux côtés de Gerry Boulet, que Michel Lamothe s’est d’abord fait connaître du public, à la fin des années 60. Le groupe a ensuite pris le nom d’Offenbach quelques années plus tard et s’est rapidement imposé dans le paysage musical québécois avec des chansons comme « Chu un rocker ».

Michel Lamothe : un bassiste marquant

Après trois albums avec Offenbach, Michel Lamothe a quitté la formation à la fin des années 70. Il a formé Corbeau peu de temps après en compagnie de deux autres anciens musiciens d’Offenbach, Pierre Harel et Roger « Wézo » Belval. Ce groupe a lancé la carrière de Marjo.

« Il trouvait facilement de bons riffs, il savait comment faire de bonnes chansons, souligne Pierre Harel. Il était le seul à jouer avec ce style-là à l’époque. Il ne jouait pas de la basse avec ses doigts, il jouait du rock avec un pick et ça sonnait! »

En plus d’être un musicien hors pair, Michel Lamothe a partagé ses talents d’auteur sur certains succès de ces deux groupes, dont les classiques « Câline de blues » d’Offenbach et « Ailleurs » de Corbeau.

Malgré la fin de Corbeau au milieu des années 80 – et de Corbach plus tard, qui regroupait des membres des deux groupes mythiques -, il a continué à jouer de la musique à travers différents projets jusqu’à ce que sa santé ne le lui permette plus.

Il n’y a pas qu’en groupe que Michel Lamothe a connu le succès. Le musicien a entre autres remporté le Félix dans la catégorie « album country de l’année » au gala de l’ADISQ en 2001 pour l’album Willie Lamothe et fils, en hommage à son défunt père.

« C’était un gars flamboyant, toujours plein d’histoires et un véritable boute-en-train, raconte Pierre Harel. C’était un grand artiste, un vrai de vrai. Il était généreux et créatif. On ne s’ennuyait jamais avec lui. »

Même si Michel Lamothe ne faisait plus partie de la vie publique depuis quelques années vu sa santé fragile, les gens ne l’ont pas oublié pour autant. Les réactions ont été nombreuses sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de son décès lundi, chacun partageant des souvenirs qu’il gardait du musicien maskoutain.

Sa fille, Catherine Renaud, a d’ailleurs livré un vibrant témoignage sur sa page Facebook. « Je garderai en mémoire ton sourire, ta joie de vivre et ton exubérance qui font partie de moi et que je ne pourrai jamais cacher puisque je suis comme toi : une personne enjouée qui prend de la place, a-t-elle écrit. Certains aiment, d’autres non, mais les deux, on s’en foutait! […] On ne se voyait pas aussi souvent qu’on aurait voulu, mais une chose est sûre, ce soir, j’ai le cœur gros et tu vas me manquer papa. »

Parti sans le sou

Puisqu’il ne pouvait plus faire de musique en raison de son état, Michel Lamothe ne roulait pas sur l’or, loin de là. Malgré les belles années et la reconnaissance que lui ont apportées ses passages avec Offenbach et Corbeau, il est « mort dans la pauvreté », soutient Pierre Harel.

« Il n’avait pas une cenne et il n’avait pas d’assurance », se désole son fidèle complice.

Afin de lui rendre un dernier hommage, une collecte de fonds devait être lancée hier sur la page Facebook « SOS R’N’R Hommage aux Musiciens et Paroliers ayant transité chez Offenbach » pour aider à payer les funérailles.

« On demande la participation du public pour commémorer la mémoire de Michel comme il se doit. Si les gens peuvent mettre un petit cinq ou un petit dix, ça aiderait beaucoup », conclut Pierre Harel.

Les détails entourant les funérailles n’étaient pas encore connus au moment de mettre sous presse mercredi.

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