8 août 2019
Flushgate de 2019 dans la rivière Yamaska
Moins dramatique?
Par: Martin Bourassa

Rassurez-vous chers Maskoutains, le plus récent déversement d’eaux usées dans la rivière Yamaska a été moins dramatique que celui de 2016.

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C’est du moins l’avis du maire Claude Corbeil. Pas celui d’Urgence-Environnement ni même d’un analyste indépendant dépêché par la Ville de Saint-Hyacinthe puisque les autorités municipales n’ont rien fait, ou presque, quand l’alerte aux poissons morts au Rapide-Plat a été donnée trois jours après la fameuse surverse à la station de pompage. Aux dernières nouvelles, Urgence-Environnement, le bras d’intervention du ministère de l’Environnement chargé d’intervenir 24 heures par jour partout au Québec afin que tout soit fait pour minimiser les conséquences des situations d’urgence environnementale, ne s’était pas déplacé. Cet organisme était cependant à pied d’œuvre au même moment à Gatineau pour enquêter que la présence de poissons morts dans la rivière des Outaouais et encore ces derniers jours à Shawinigan pour un déversement d’eaux usées dans la rivière Saint-Maurice plus minime que celui que nous venons de connaître.

Le plus ironique dans tout cela, c’est que les poissons morts recueillis en Outaouais sont acheminés à Saint-Hyacinthe pour analyse. Comment expliquer que le ministère de l’Environnement n’ait même pas pris la peine de dépêcher un observateur dans le Rapide-Plat pour mesurer l’étendue des dégâts?

Il faut dire que, comme je le disais dans cette colonne la semaine dernière, la Ville de Saint-Hyacinthe a bien noyé le poisson en minimisant cette histoire. Pas en la banalisant totalement, mais en minimisant certes ses effets.

Mais rappelons quelques données pertinentes. La surverse s’est produite le vendredi à la suite d’une situation d’urgence imprévisible, selon la version officielle. Les patrouilles effectuées sur la rivière n’ont rien noté d’inhabituel, sinon deux ou trois poissons de taille adulte flottant sur la rivière. Or, le lundi suivant, des premières images du Rapide-Plat parvenaient au COURRIER laissant présager un impact beaucoup plus important que deux ou trois poissons morts. Nous avons donc réacheminé ces images au service des communications de la Ville. À la vue de ces images que la directrice du service a qualifiées de « spectaculaires », elle s’est limitée à dire qu’elles ne concordaient pas avec les observations faites par la Ville sur le terrain. Donc, ce même lundi, en séance plénière en soirée, les élus n’ont rien su de la situation au Rapide-Plat et encore moins des images « spectaculaires » en possession de la direction. Tant et si bien qu’un élu est tombé de sa chaise en lisant LE COURRIER jeudi dernier, croyant même que nous avions illustré notre reportage de 2019 à l’aide de photos d’archives de l’été 2016! C’est dire à quel point les élus ont été tenus dans l’ignorance.

Il est important de préciser que les observations faites par la Ville se sont limitées à des patrouilles effectuées la journée même de la surverse et le lendemain. Bref, on n’a pas cru bon prolonger les recherches alors qu’en 2016, il s’était pourtant écoulé plusieurs jours entre la surverse et la découverte de poissons morts au Rapide-Plat. Pas fort fort.

Et jusqu’à preuve du contraire, la Ville n’entend pas réagir davantage ni mandater l’OBV Yamaska pour faire le suivi de la situation dans la rivière comme elle l’avait fait en 2016. Mais elle compte poursuivre ses efforts pour améliorer l’état de la Yamaska jusqu’à la prochaine surverse qu’elle annonce déjà comme quelque chose d’inévitable.

À mon avis, la grosse différence entre les surverses de 2016 et de 2019 ne réside pas tant dans leur impact écologique que médiatique. En 2016, les grands médias nationaux, les quotidiens, les télévisions francophones et anglophones étaient tous accourus, forçant la Ville à réagir et à laver sa réputation. En 2019, la cavalerie n’est pas débarquée et l’hélicoptère TVA Nouvelles n’a pas décollé. Nous avons été les seuls à nous intéresser à cette histoire et à informer les Maskoutains et les riverains de cette surverse et de ses conséquences.

Pour le plus grand bonheur de la Ville de Saint-Hyacinthe sans aucun doute, mais sachez que 91 % des quelque 188 répondants à notre question Internet de la dernière semaine n’ont pas été rassurés par la réaction des autorités dans ce dossier. Ça, c’est assez dramatique comme score M. le maire.

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