6 décembre 2012
Moments d’histoire par Rosalie Dessaulles-Laframboise
Par: Le Courrier
Le centre-ville dévasté par l'incendie du 20 mai 1903. On distingue, en arrière-plan au centre, le clocher de l'église Notre-Dame-du-Rosaire et à l'extrême droite, les anciens clochers carrés de la cathédrale. On se souvient que la maison de Georges-Casimir Dessaulles était située juste à côté de la cathédrale. Elle fut détruite par un incendie en novembre 2010. Source : Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

Le centre-ville dévasté par l'incendie du 20 mai 1903. On distingue, en arrière-plan au centre, le clocher de l'église Notre-Dame-du-Rosaire et à l'extrême droite, les anciens clochers carrés de la cathédrale. On se souvient que la maison de Georges-Casimir Dessaulles était située juste à côté de la cathédrale. Elle fut détruite par un incendie en novembre 2010. Source : Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

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Les descendants de la famille de Louis Laframboise (fils de Maurice Laframboise et Rosalie Dessaulles) et Alphonsine St-Jean (fille du Dr Pierre St-Jean et de Délima Larue) ont légué au Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe une partie de leurs documents familiaux, qui contiennent des trésors archivistiques dont certains nous révèlent la petite et grande histoire de notre région.

Le fonds contient entre autres une intéressante correspondance entre Rosalie Dessaulles-Laframboise et son fils Louis, qui est devenu traducteur à la Chambre des Communes à Ottawa. La correspondance couvre la période de 1876 à 1905, comprenant près de 500 lettres! Nous avons choisi de vous présenter deux extraits de lettres très éloquents, car ils témoignent des événements importants dans notre région : la fuite aux États-Unis de Louis-Joseph Papineau en 1837, et l’incendie d’une partie du centre-ville de Saint-Hyacinthe en 1903. Les deux lettres sont écrites par Rosalie, qui séjourne régulièrement chez son frère Georges-Casimir Dessaulles à Saint-Hyacinthe, depuis la mort de son époux en 1882. « Saint-Hyacinthe, 21 mai [18]95 Mon cher Louis, En réponse à ta lettre, je puis te certifier que ce n’est pas Côté qui a fait passer la frontière à M. Papineau, mais un capitaine de milice dont le nom est Fortin qui était marié avec une Poulin de Saint-Dominique près de Saint-Hyacinthe. C’est un des frères [Poulin] qui a conduit mon oncle [Louis-Joseph Papineau] dans sa voiture chez son beau-frère Fortin qui lui l’a conduit de l’autre côté de la frontière canadienne et voici comment j’ai entendu raconter la chose bien des fois par ma mère [Rosalie Papineau-Dessaulles] qui avait elle-même préparé l’évasion. Mon oncle est arrivé chez Fortin dans la nuit et la voiture de celui-ci l’attendait. Ils sont partis ensemble, mais arrivé à un certain endroit où il y avait un poste de police dont Fortin s’était fait l’ami, il a fait descendre mon oncle de la voiture et l’a fait passer par un sentier à travers un bois de jeunes bouleaux et lui s’est rendu au poste, disant qu’il allait aux É.-U. pour acheter un cheval qu’on lui avait recommandé. C’était un homme très gai qui racontait des histoires désopilantes et quoi qu’on le sut bon patriote, ces messieurs ne dédaignaient pas ses histoires dans ce poste ennuyeux où il ne passait pas 10 voitures par semaine. Il avait dit à mon oncle qu’il causerait le poste par ses histoires pendant une heure, ce qui lui donnerait le temps de passer la frontière et qu’il le rejoindrait à un endroit indiqué. Le tout s’est passé comme il le voulait et le surlendemain, M. Poulin qui était resté chez son beau-frère pour attendre son retour, est venu rendre un compte favorable de la mission de confiance dont il s’était chargé. » Le deuxième extrait a été écrit le jour même de l’incendie d’une partie du centre-ville de Saint-Hyacinthe en 1903, où la famille Dessaulles a eu bien peur d’y passer! « Saint-Hyacinthe, 20 mai 1903 Cher fils, Je viens te tirer d’inquiétude car tu dois savoir que nous avons eu un grand incendie à Saint-Hyacinthe aujourd’hui et que tout indique l’oeuvre d’un incendiaire. Le feu a été signalé vers midi au pied de notre rue dans la manufacture de chaussures de Louis Côté. Ça fait la 3e fois depuis huit jours que c’est mis ici ou là et on s’en est toujours aperçu à temps. Mais aujourd’hui à midi et quelques minutes tout le monde était allé dîner et il y avait un gros vent qui a propagé l’incendie, mais heureusement pour nous le vent a pris la direction du bord de l’eau et a brulé toute la pointe d’une rivière à l’autre, depuis la rue Saint-Hyacinthe jusqu’au marché à foin, dont tout un côté sur la rue Saint-Antoine est complètement brulé. L’eau est si basse qu’il n’y avait pas assez de pression et [une] des pompes à vapeur, le tuyau a crevé. Ils ont fait venir deux pompes à vapeur de Montréal et ils ont eu raison du feu. Si ce vent fut venu de notre côté, nous aurions couru de grands risques […] Enfin c’est fini, mais il y a 250 maisons réduites en cendres et tous ceux qui les habitaient ont tout perdu, à part les vêtements qu’ils avaient sur le dos. »

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