18 avril 2013
Notre système médical est malade
Par: Le Courrier
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Quand nous nous présentons à une clinique médicale ou à l’urgence de l’hôpital, nous devenons des patients. C’est ainsi que l’on nous nomme. Suite à ce statut qu’on nous accorde comme si cela allait de soi, nous sommes censés nous comporter en personnes patientes (c’est-à-dire capables d’attendre poliment que notre tour vienne).

La patience, c’est une belle qualité, mais comme toute bonne chose elle a ses limites. Dans nos cliniques médicales et, spécialement, dans les salles d’urgence de nos hôpitaux, cette vertu est rudement mise à l’épreuve et malheureusement souvent au détriment de nos enfants. J’en viens maintenant au sujet qui m’amène, ce matin, à m’asseoir devant mon ordinateur pour écrire cet article. Cela a un rapport avec nos salles d’urgence dans les hôpitaux. Il semble que ce soit partout pareil. Voulant demeurer dans le concret, je m’en tiendrai à ce que j’ai constaté dans ma ville, soit à l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe.Une tristesse profonde et une crainte toute nouvelle ont envahi mon coeur alors que des gens que j’aime ont été, je dirais, victimes, des maladresses de notre système médical. Quelques jours seulement après le jour de l’An, des membres de ma famille de même qu’une amie de ma famille se sont retrouvés à l’urgence de l’hôpital dans un temps rapproché. Je tiens à souligner que c’est de la salle d’urgence que je parle.Aux étages supérieurs, il semble que ça se passe beaucoup mieux.La première personne dont je veux parler, c’est ma petite-fille. Je vais la prénommer Léa pour préserver sa confidentialité. Voici ce qui s’est passé.La maman s’est présentée à l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe dans le milieu de la nuit, le samedi 5 janvier. Avec Léa, son enfant de 5 ans qui s’était couchée apparemment dans un état normal et qui s’est réveillée en pleine nuit, malade. Au réveil, Léa a perdu connaissance. Elle est revenue à elle et a perdu connaissance à nouveau. Les parents affolés ont appelé une ambulance.Après avoir passé par le triage, l’infirmière a décrété que la petite pouvait attendre à la salle d’urgence. La maman et l’enfant se sont donc assises sur une chaise. Il était aux alentours de 3 h du matin. Elles y resteront jusqu’à 16 heures (4 h de l’après-midi), soit pendant 13 heures. Léa pleurait de temps en temps, mais ne dérangeait pas vraiment les autres. Alors, rien ne s’opposait à ce qu’on la laisse attendre. Vers 15 heures, la petite a eu mal au coeur et a vomi dans les toilettes. Là, l’enfant a perdu connaissance à nouveau. La maman est sortie de la salle des toilettes avec Léa dans les bras pleurant et suppliant qu’on lui vienne en aide.Il a fallu une dizaine de minutes de plus avant qu’une infirmière arrive jusqu’à elle. Après avoir vérifié les signes vitaux de Léa, celle-ci déclara : « Votre enfant respire bien, il n’y a rien d’anormal pour le moment. Elle peut encore attendre ». À 16 heures, la petite a enfin pu rencontrer le médecin. Ce dernier a procédé à l’examen de la petite Léa. Constatant que l’enfant était chaude et qu’elle avait des plaques boursouflées, il déclara au papa qui avait pris la relève auprès de la maman que Léa était atteinte de la scarlatine. Quelques minutes lui suffirent pour arriver à ce diagnostic. Pour les pertes de connaissance, il n’en fut pas question. Le papa s’en retourna aussitôt à la maison avec l’enfant apportant avec lui une prescription pour un antibiotique.Deux jours plus tard, la maman se présenta avec la petite dans une clinique privée. Rapidement, on s’occupa de l’enfant. Le médecin confirma ce que la mère avait pressenti : la petite ne souffrait pas de la scarlatine. Le diagnostic prononcé à l’hôpital était tout à fait inexact. Sans plus tarder, le médecin de la clinique privée procéda à un examen minutieux de l’enfant et exigea qu’on lui fasse passer tous les tests requis.En 2012, une autre de mes petites-filles (que je vais nommer Juliane bien que ce ne soit pas son véritable prénom) a dû elle aussi subir une contrainte physique si intense qu’elle se replie désormais sur elle-même chaque fois qu’il est question d’aller rencontrer un médecin. Juliane avait 8 ans lors de cet automne-là.Elle, elle a dû attendre pendant 14 heures et demie sur une chaise à l’urgence de l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe avant d’être vue par un médecin.Vous imaginez? Une enfant de 8 ans retenue dans un endroit conçu pour s’y asseoir et être restée là des heures et des heures sans jamais savoir quand viendra enfin son tour. Sa mère épuisée s’est levée à deux reprises pour intercéder en sa faveur. La responsable à l’urgence lui a répondu : « Si vous voulez partir, vous n’avez qu’à me le dire. Je vais fermer le dossier ». Voilà ce que Juliane représentait pour cette personne en service à l’urgence. Un numéro de dossier.L’enfant qui avait terriblement mal au ventre a dû patienter pendant un temps interminable privée de tout confort alors que son tour ne venait jamais. (…)Je sais, par expérience personnelle, que ça ne se passe pas toujours aussi péniblement à l’urgence. Il arrive qu’on soit traité dans un délai raisonnable.Pour cela, quelques conditions gagnantes doivent être au rendez-vous comme : peu de gens en attente, peu de cas demandant une longue intervention du médecin et, surtout, pas d’arrivées par ambulance de cas graves demandant une intervention immédiate et complexe. Sans ces conditions réunies, ce sera inévitablement long. (…)Aujourd’hui, si je parle de tout ceci, c’est parce que je trouve inconcevable que nous soyons traités ainsi. On se le dit entre nous, mais ça ne va pas plus loin. C’est peut-être une des raisons pourquoi les changements ne viennent pas plus vite.On endure et on oublie. Jusqu’à la fois suivante.

Dolorès Daviau

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