27 août 2020
Pandémie : ils quittent Montréal pour s’établir à Saint-Hyacinthe
Par: Jennifer Blanchette

Depuis la crise sanitaire, les Montréalais délaissent les centres urbains au profit des zones plus rurales comme celles que l’on retrouvent dans la grande région de Saint-Hyacinthe. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le mouvement d’exode urbain provoqué par la pandémie a atteint Saint-Hyacinthe. De plus en plus de Montréalais attirés par les grands terrains de la région maskoutaine et les faibles prix de ses propriétés choisissent d’y poser leurs valises, loin de la foule et de la COVID-19.

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C’est le cas d’Evelyne Morgan Boyer, qui a quitté son appartement de Longueuil pour emménager dans une maison du quartier Sainte-Rosalie à la fin du mois de juillet. Mme Boyer et son conjoint projetaient d’acheter une résidence en campagne d’ici deux ans. Or, les conditions de vie difficiles provoquées par la crise en milieu urbain ont convaincu le couple de devancer son projet. « Honnêtement, dans mon quartier, c’était trash pendant le confinement. J’ai vu la police passer à plusieurs reprises parce que les gens ne respectaient pas du tout les règles du confinement », raconte-t-elle.

Ayant grandi sur une ferme à Contrecœur, la femme de 28 ans envisage son déménagement comme un retour aux sources. « Je voulais me sentir davantage chez moi et davantage en sécurité. Maintenant, mon voisin est un champ », affirme la maman d’une fillette de 11 mois.

Fermettes, chalets et boisés intimes

La situation de Mme Boyer est loin d’être unique, confirment les nombreux courtiers immobiliers de Saint-Hyacinthe interrogés par LE COURRIER.

« Il y a une grosse différence depuis la crise. Non seulement de nombreux clients du Grand Montréal sollicitent nos services, mais aussi plusieurs courtiers de l’extérieur de Saint-Hyacinthe amènent des clients sur notre territoire », constate Maxime Lajoie, courtier immobilier pour l’équipe PJM Via Capitale.

À vue de nez, M. Lajoie estime que près d’un client sur quatre est un Montréalais en quête d’une propriété en milieu rural. Selon lui, les résidents de la métropole ne veulent plus se contenter d’un balcon. Ils recherchent des terrains et des cours arrière.

Chez le Groupe Sutton – Actuel, on note que l’exode urbain a entraîné un regain d’intérêt envers les propriétés de type fermette. « Les gens sont à la recherche d’un lieu boisé, près des champs. Ils aspirent davantage à vivre en autarcie et à être indépendants. J’estime que j’aurai près de deux fois plus d’acheteurs de fermettes cette année », souligne la courtière immobilière Karoline Roy, de l’équipe Rémy Blais.

Les chalets et les résidences secondaires disséminés sur le territoire de la MRC des Maskoutains semblent également avoir la cote auprès des acheteurs en provenance du Grand Montréal.

« Les gens ne vont pas en vacances cette année, ce qui stimule le marché des résidences secondaires en campagne. La COVID a changé la mentalité des travailleurs. Ils souhaitent investir davantage chez eux depuis la crise », explique Benoit Beaulieu, courtier immobilier pour Proprio Direct.

M. Beaulieu affirme également qu’il n’y a pas que les propriétaires qui cherchent à fuir Montréal depuis la crise sanitaire. De nombreux locataires ont choisi d’établir leurs pénates dans la région maskoutaine. « Je l’ai remarqué principalement en mai et juin. Les gens veulent s’éloigner de la densité de population en raison de la COVID-19. Les propriétaires de résidences ne tarderont pas à emboîter le pas. »

Le son de cloche est légèrement différent auprès de l’agence RE/MAX IMPACT où le dirigeant, Daniel Guillet, n’a pas noté une hausse des activités de courtage en lien avec la clientèle montréalaise.

Forte demande, offre faible

Les professionnels de l’immobilier questionnés s’entendent pour affirmer que la demande dépasse largement l’offre depuis la reprise des activités de courtage le 11 mai. « Il y a une rareté des inscriptions, ce qui entraîne une surenchère sur presque tout ce qui se vend. Cela nous oblige à réagir très rapidement pour placer nos acheteurs en bonne position », souligne Karoline Roy.

Selon les données recueillies par l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ), le nombre de ventes résidentielles dans l’agglomération de Saint-Hyacinthe a chuté de 28 % au deuxième trimestre, comparativement à la même période l’an dernier.

Or, le prix médian des maisons unifamiliales dans la région a bondi de 20 % pour la même période afin de s’établir à 299 444 $.

Malgré cette hausse marquée, le prix des résidences situées en sol maskoutain demeure largement plus abordable que celles de la métropole. « Les acheteurs n’ont pas peur de débourser pour s’établir ici vu les hauts montants qu’ils devraient payer pour Montréal et les environs », commente Maxime Lajoie.

Pas en tête de peloton

D’après Charles Brant, directeur analyse de marché à l’APCIQ, il y a un engouement marqué pour les propriétés situées en dehors des grands centres depuis le mois de mai en raison de la crise sanitaire. Il souligne d’ailleurs que « tout ce qui est hors région métropolitaine de recensement (RMR) a surperformé ».

L’agglomération de Saint-Hyacinthe s’inscrit dans cette tendance du marché sans toutefois « faire partie du peloton de tête où ça a explosé ». En effet, les ventes de propriétés dans la région maskoutaines ont été supérieures à celle de la RMR de Montréal (-36 %), mais en deçà de la moyenne nationale établie à -24 % entre avril et juin 2020.

« Il y a une compétition entre les municipalités pour attirer des résidents. Des villes comme Saint-Jean-sur-Richelieu, Granby ou Bromont performent très bien. Cela s’explique aussi peut-être par le fait que certains avantages liés à Saint-Hyacinthe sont moins attrayants depuis la crise. Par exemple, l’accès à Montréal par l’autoroute 20 était très intéressant auparavant, mais c’est devenu moins crucial en raison du télétravail », avance M. Brant.

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