4 février 2021
Plan de développement durable de Saint-Hyacinthe
Pour le bien commun
Par: Martin Bourassa

Après deux ans d’efforts et de tractations, la Ville de Saint-Hyacinthe a accouché d’un Plan de développement durable (PDD). Ce dernier doit en principe dicter et orienter ses faits et gestes en matière environnementale, sociale et économique pour les cinq prochaines années, voire les 20 prochaines si on se fie aux prétentions des autorités municipales.

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La simple mention de l’élaboration du plan avait aussi servi à calmer le jeu quand de jeunes étudiants et des militants convaincus sont débarqués à l’hôtel de ville, au printemps 2019, pour presser les élus peu pressés à reconnaître l’urgence climatique. Attendez les jeunes, on a un plan. Vous êtes trop pressés, le PDD s’en vient, disait le maire Claude Corbeil avant de changer son fusil d’épaule et de reconnaître l’urgence d’agir en matière de lutte contre les changements climatiques en septembre de la même année.

Mais voilà, le fameux plan de match de la Ville de Saint-Hyacinthe en matière de développement durable est maintenant connu, sauf qu’une fois de plus, il ne faudra pas être pressé pour en voir les effets. La Ville se donne encore deux ou trois ans pour poser plusieurs gestes annoncés, dont la création essentielle d’ici 2023 (?) d’un fonds vert pour financer la réalisation du PDD et les initiatives qui nécessiteront l’injection de fonds publics. Pour l’heure, aucun montant n’a été avancé sur combien on aura besoin pour garnir le fonds et lui donner son élan. Ni sur l’origine exacte des sommes nécessaires.

En somme, ce PDD maskoutain prend la forme de 23 objectifs généraux et d’une cinquantaine d’actions concrètes à poser afin de s’assurer qu’en 2040, « Saint-Hyacinthe soit une technopole verte par excellence qui, par son leadership et son innovation, cultive son rayonnement international et offre un milieu de vie distinctif accessible à tous ».

J’ai failli arrêter ma lecture ici, tant la notion de rayonnement international me semble présomptueuse en ce moment. Pour l’heure et dans bien des domaines, la notion de rayonnement provincial et national ne semble même pas acquise.

Au niveau politique, il y a belle lurette que Saint-Hyacinthe a perdu de son lustre et de son influence à l’échelle québécoise et canadienne. Il y a donc beaucoup à accomplir avant de penser devenir une référence mondiale dans 20 ans.

Il faudra certainement beaucoup plus qu’un PDD qui, du reste, n’a pas suscité beaucoup d’enthousiasme à l’extérieur de l’hôtel de ville de Saint-Hyacinthe. À peine une cinquantaine de citoyens ont participé à la consultation publique et un seul mémoire a été acheminé aux autorités municipales. Pour l’appropriation citoyenne du PDD et l’engagement, il y a encore pas mal de chemin à faire.

Parlant de consultation, le PDD met la barre particulièrement haute en matière de gouvernance, lui qui propose une gouvernance de proximité, efficace et écoresponsable, mobilisée par le bien commun. À cet effet, on s’engage à consulter les citoyens en amont des approbations sur les projets d’envergure et à offrir des consultations citoyennes plus participatives. Une chance qu’on a fixé cette cible aussi loin qu’en 2025. Car à peine deux semaines après avoir présenté en grande pompe son Plan de développement durable, la Ville de Saint-Hyacinthe a semblé faire tout le contraire dans le dossier du projet immobilier de 60 M$ porté par le Groupe Maurice.

Bloqué par une poignée de citoyens (47) à l’étape du changement de zonage, le projet initial sera relancé tel quel (!), a annoncé le maire Claude Corbel lundi. Le promoteur a en effet trouvé un moyen d’arriver à ses fins et de court-circuiter le processus réglementaire grâce à une mince ouverture dans la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme.

Le bien commun vous dit merci. Et parmi les actions ambitieuses du PDD, celles concernant l’implantation de bonnes pratiques agroenvironnementales ressortent du lot. Ainsi, la Ville de Saint-Hyacinthe prend le pari de restreindre l’usage des pesticides sur les terrains municipaux loués à des tiers, notamment sur ses terres agricoles près du parc industriel Théo-Phénix. La Ville souhaite que d’ici 2025, l’ensemble de ses terrains loués à des fins agricoles ne soient plus traités avec des pesticides. Le bail d’une partie des terres municipales louées aux Fermes Overbeek se termine le 31 décembre 2023. Gageons que la Ville voudra ajouter la clause zéro pesticide au prochain bail. Les négociations risquent d’être fort intéressantes…

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