29 novembre 2012
Grâce à Éric Nadeau et Michel Fortin
Prevtec Microbia est arrivée à bon porc
Par: Martin Bourassa
Dr Éric Nadeau et Michel Fortin

Dr Éric Nadeau et Michel Fortin

Des relations d’affaires et des idées d’entreprises peuvent se présenter partout, même dans les endroits les plus inusités. Parlez-en aux docteurs John M. Fairbrother et Éric Nadeau, cofondateurs de la société Prevtec Microbia.

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C’est dans le vestiaire de la piscine du Cégep de Saint-Hyacinthe que ce chercheur et cet étudiant de la Faculté de médecine vétérinaire (FMV) de l’Université de Montréal ont fait connaissance et décidé de travailler à l’avancée des recherches du premier, portant sur la mise au point d’un vaccin oral visant à prévenir la diarrhée post-sevrage chez le porc, le Coliprotec, une alternative aux antibiotiques.

De cette rencontre fortuite s’est développé en moins de dix ans l’un des fleurons de la Cité de la biotechnologie agroalimentaire, vétérinaire et agroenvironnementale de Saint-Hyacinthe : Prevtec Microbia.Installée au Centre de développement des biotechnologies, en plein coeur de la Cité, cette entreprise dérivée (spin-off) de la FMV, incorporée en 2003, mais lancée en 2005, rayonne aujourd’hui à travers le monde grâce au savoir et savoir-faire d’une douzaine de personnes, dont Michel Fortin, président et chef de la direction, responsable du développement stratégique et du positionnement à l’international.« John et moi sommes d’abord et avant tout deux scientifiques, dit M. Nadeau, nous avions besoin d’un allié solide avec un réseau et une expertise du développement des affaires et du financement. Sans Michel, nous ne serions pas rendus là. »Le Coliprotec est actuellement disponible au Canada et au Brésil. Et ce n’est qu’une question de temps, et d’argent, avant qu’il ne se retrouve également aux États-Unis, en Russie, à travers l’Europe et en Chine où les processus d’homologation sont en cours.M. Fortin ambitionne que d’ici quatre ans, l’entreprise sera présente dans 12 pays et sur trois continents, et ce, grâce à quatre produits distincts.« C’est une bonne commande, mais nous allons livrer la marchandise », assure-t-il.Cette réussite et ce dynamisme n’ont pas échappé à l’industrie québécoise des biotechnologies et des sciences de la vie. L’été dernier, Prevtec Microbia a mérité un prix Genesis de l’association BIOQuébec, dans la catégorie Innovation. Elle avait obtenu le prix Transfert-Émergence à ce même concours en 2008.Pour ces belles réussites et son rayonnement international qui contribuent à la renommée de Saint-Hyacinthe et de la Cité de la biotechnologie, Le Courrier de Saint-Hyacinthe et la Chambre de commerce et de l’industrie Les Maskoutains sont heureux de décerner le titre de personnalité du mois de novembre à Éric Nadeau et Michel Fortin, principaux dirigeants de la société Prevtec Microbia.

Une heureuse erreur de parcours

C’est par une succession d’heureux incidents de parcours qu’Éric Nadeau, 43 ans, est aujourd’hui associé à l’aventure de Prevtec Microbia.Il raconte que tout jeune il n’avait même jamais rêvé de se lancer en affaires. Il se voyait en médecine vétérinaire auprès des petits animaux. Mais comme il n’avait pas les notes requises pour être accepté à la Faculté après la sortie du cégep, il a dû faire un détour obligé vers un autre programme. Il a donc étudié deux ans en biologie.« J’ai goûté à la science et ce fut une révélation. Dès lors, je n’étais plus convaincu de vouloir devenir un vétérinaire classique. J’ai tout de même fait ma médecine vétérinaire, puis ma maîtrise, mais avec plus d’ouverture pour la recherche appliquée. »Sa rencontre « de vestiaire » avec le Dr John Fairbrother va être déterminante.« John est un cerveau sur pattes, un vrai. Nous nous étions déjà croisés dans les corridors de la Faculté et je l’avais eu comme professeur. Il cherchait un vétérinaire avec un attrait pour la science afin de l’aider à poursuivre ses recherches sur le développement de vaccins. Il m’a ouvert la porte de son laboratoire pour mon post doctorat et au bout de six mois, nous étions convaincus du potentiel des travaux. »Avec l’appui de la société de valorisation Univalor de l’UdeM, les deux chercheurs ont poursuivi leur travail. L’homologation canadienne du Coliprotec est survenue à la fin de l’année 2007. Une période qui coïncide avec l’envol de l’entreprise et l’arrivée de nouveaux actionnaires, dont Telesystem, et la nomination de Michel Fortin, un pro du financement, aux commandes de la société.C’est en août 2008 qu’Éric Nadeau fait le grand saut et délaisse pour de bon sa charge de travail à la Faculté où il enseigne pour assurer à temps plein le poste de vice-président aux affaires scientifiques de Prevtec. « J’ai découvert que j’ai besoin de feedback rapide, que ça bouge et qu’il y ait des résultats concrets. Chez Prevtec Microbia, on peut dire que je suis gâté à tous les niveaux! »Des résultats concluants, il y en aura d’autres bientôt. Outre le Coliprotec, Prevtec travaille entre autres à la mise au point d’un vaccin pour prévenir l’oedème chez le porc.« La grande force de Prevtec, c’est sans aucun doute la synergie de l’équipe et la complémentarité de nos forces respectives, confie Michel Fortin. Chacun a un rôle précis à jouer et il le fait à la perfection. Que ce soit dans les labos de la Faculté où la recherche se poursuit sans relâche avec John ou chez Prevtec autour d’Éric. Ce dernier est passé de chercheur à gestionnaire de recherche et réalise un travail incroyable. »Celui qui a passé la majeure partie de sa carrière professionnelle dans le financement de sociétés biotechnologiques et dans les vérifications diligentes de sociétés au bénéfice d’institutions financières s’est lui aussi fait prendre au piège.« Je ne pensais pas au départ devenir président de l’entreprise, je voulais d’abord lui donner des ailes par le financement, raconte M. Fortin. Mais la chimie a opéré dès le départ et j’ai eu envie, au début de la cinquantaine, de m’impliquer davantage. Le défi était à la hauteur de mes attentes et j’étais surtout capable de bien comprendre le produit et de le promouvoir, même si je n’ai pas le profil de John ou Éric. Nous oeuvrons dans les sciences de la vie, mais avec une technologie relativement simple. On se concentre aussi sur l’essentiel, les procédés, et on sous-traite tout le reste, dont la production des vaccins. C’est un modèle qui nous réussit assez bien. »Et qui permet surtout à Prevtec Microbia de conquérir le monde en misant sur l’amélioration de la santé et des performances des animaux de production, tout en contribuant à assurer une plus grande sécurité alimentaire aux humains.« La pression mondiale vers les produits biologiques et l’utilisation plus judicieuse des antibiotiques jouent en notre faveur et nous comptons bien en profiter longtemps! », conclut M. Fortin.

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