2 août 2012
Carte postale de Stéphanie Beaudoin
Quand j’habitais en Corée
Par: Le Courrier

Quand on pense Asie, on pense d’abord à la Chine, au Japon, à la Thaïlande. Peut-être même au Vietnam. Mais rarement à la Corée du Sud, dont on connaît peu de choses. C’est pourtant sur la péninsule sud-coréenne que Stéphanie Beaudoin a découvert la plus belle porte d‘entrée du continent asiatique, où se côtoient tradition et modernité dans un mélange bigarré. De retour depuis peu, elle raconte une année mémorable à l’autre bout du monde.

Stéphanie a grandi à Upton. Après avoir fréquenté la Polyvalente Robert-Ouimet et le Cégep de Saint-Hyacinthe, elle a complété un baccalauréat en commerce à l’Université McGill.

En 2011, cinq mots prononcés par la mère d’une de ses amies sont venus sceller de façon inattendue le voyage d’une vie : « Quand j’habitais en Corée… ». « Ça a piqué ma curiosité. La mère de mon amie m’a expliqué qu’elle avait enseigné là-bas et c’est tout de suite devenu mon projet. C’est une conversation qui est arrivée au bon moment, car je ne savais pas trop quoi faire une fois mon diplôme en poche », raconte la jeune femme de 23 ans.Par l’intermédiaire d’une agence torontoise, Stéphanie s’est trouvé un emploi pour enseigner l’anglais aux petits Coréens dans une académie privée de Jeonju, à trois heures au sud de Séoul. « Au primaire, les enfants vont à l’école de 8 h à 15 h. Puis, de 15 h à 19 h et parfois même plus tard, ils vont dans les académies d’anglais, de mathématiques, de chinois, de japonais. Ils sont toujours en train d’apprendre. »En Corée du Sud, l’éducation est la planche de salut des plus jeunes générations. « Pour bien vivre, les enfants devront exceller dans les technologies, les sciences, les langues. Il n’y a pas beaucoup de pêche ou d’agriculture, par exemple. »Ainsi, Stéphanie a pu discuter avec les enfants des conséquences des accords de libre-échange, des athlètes olympiques canadiens – que ses élèves connaissaient mieux qu’elle! – et de l’histoire de la Corée du Sud, que tous les pays voisins ont un jour voulu avaler. « Ils connaissent tellement de choses, leur histoire en premier lieu. Et eux, ils n’ont pas que 400 ans à apprendre! »De son séjour, elle retient d’abord l’accueil chaleureux des Coréens, qui se portent toujours volontaires pour aider. « Le hic, c’est que les adultes ne parlent pas souvent anglais. Mais ils vous prennent par la main et vous guident jusqu’à quelqu’un qui pourra vous comprendre. Ce sont des gens profondément gentils et sans malice. »C’est aussi un pays où chacun se sent en sécurité. « La première fois que tu vois un enfant de 5 ans, son cellulaire à la main, se promener seul sur le trottoir, tu cherches vraiment ses parents! Mais dans les banlieues de la Corée, c’est juste normal. »

Du Nord au Sud

Sa première nuit en Corée du Sud, Stéphanie a dû la passer dans un « Love Motel ». « C’est précisément ce que vous imaginez! Ça peut faire peur, mais somme toute, ce sont des hôtels plus propres, plus beaux et moins chers que plusieurs autres. En plus, on peut dormir sur un lit, alors qu’en Corée, on dort sur le sol d’habitude. » Parce que oui, ici, tout le monde a un cellulaire, mais peu de gens ont un lit!

Autre choc culturel côté gastronomie. Déjeuner, dîner ou souper, les Coréens mangent trois fois par jour du riz et du kimchi, une sorte de mélange de légumes marinés et pimentés. La ville de Jeonju est d’ailleurs réputée pour son bibimbap, un plat traditionnel composé de viande, de légumes et de riz, le tout relevé de kimchi.« Une autre particularité dans l’alimentation coréenne, c’est l’omniprésence du SPAM, la viande de porc en canne. Mon directeur m’en a même offert comme cadeau de Noël! », raconte la jeune femme, visiblement dégoûtée par le produit. « Ce sont les Américains qui, pendant la guerre, auraient ravitaillé les Coréens en SPAM alors que la nourriture se faisait rare. Ils l’ont adopté depuis. »Ceci étant dit, si la Corée du Sud promet de nombreux chocs culturels, ils ne font qu’ajouter au lot de trésors à découvrir. D’abord à Séoul, la capitale, qui est aussi la plus grande ville, Stéphanie propose la visite du musée commémoratif de la guerre, qui permet de mieux comprendre l’histoire de la Corée du Sud et ses relations tendues avec la Corée du Nord. Il est d’ailleurs possible de se rendre à la Zone démilitarisée, qui s’étend au nord sur 30 km entre les deux pays. Sorte de mur de Berlin invisible, la zone permet aux deux camps d’apercevoir rapidement une action militaire ennemie. « Sur place, on peut obtenir plus d’explications pour bien comprendre la nature du conflit. Du poste d’observation, il est possible de voir les gardes de la Corée du Nord avec des lunettes d’approche. »Plus près de Jeonju, il est possible de passer une journée fort agréable au village traditionnel d’Hanok. On y retrouve des boutiques d’art et des cafés le long des rues pavées. Au printemps, lorsque les cerisiers sont en fleurs, le paysage est enchanteur. « Un peu plus à l’est, le parc national du Mont Maisan offre aussi un superbe sentier de randonnée qui fait le tour du mont et atteint le sommet où se trouve un temple. C’est très beau à voir. En haut, des moines peuvent donner des explications. Si vous êtes chanceux, vous tomberez peut-être vous aussi sur un moine qui, téléphone intelligent en main, vous présentera des vidéos de prières sur YouTube! »Tout au sud du pays, l’île volcanique Jeju s’avère quant à elle être une destination parfaite pour les vacances, avec un climat subtropical, des plages exceptionnelles et plusieurs milieux naturels à visiter. Toujours au sud, Stéphanie propose un détour par Yeosu, où se tient cette année l’Exposition universelle. Un site très moderne où tout tourne autour du thème des océans. Mais ne cherchez pas le pavillon du Canada! « On ne participe pas, malgré le fait qu’on ait directement accès à trois des cinq océans », fait-elle remarquer, perplexe. De retour au bercail depuis moins d’un mois, Stéphanie se remet d’une année mémorable. Elle cherche frénétiquement du kimchi à l’épicerie et ses anecdotes commencent désormais par cinq mots : « Quand j’habitais en Corée… »

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