28 juillet 2016
Sacré-Coeur : à regret, se rallier
Par: Le Courrier
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«If you can’t beat them, join them », dicton familier de nos compatriotes anglophones. Force est d’admettre que ni Le Courrier dans son éditorial du 21 juillet ni la Commission scolaire dans cette même édition n’étaient à court d’arguments, la plupart valables, à l’appui de la démolition de l’église du Sacré-Coeur et de la conversion (sans jeu de mots de mauvais goût) de cette propriété en parc-école pour René-St-Pierre. Il n’en reste pas moins que certaines sérieuses observations s’imposent encore. Une couple de questions essentielles restent à poser avant qu’on ne puisse considérer ce débat comme clos.

La démolition dont il est ici question demeure un événement d’une profonde tristesse, mais aussi passablement honteux à certains égards. Nombreux sont les paroissiens, et autres citoyens également, qui croient que c’est cette église en particulier, plutôt que celle de Saint-Thomas-d’Aquin, qui aurait dû demeurer le pôle principal des trois paroisses fusionnées. Bien sûr, elle ne jouissait pas du droit d’ainesse détenu par Saint-Thomas, qui la rende éligible aux subventions réservées au patrimoine religieux; mais elle était la mieux située, la plus haut de gamme et la meilleure église des trois. Réduite au rôle de satellite, l’Évêché en a complètement abandonné l’entretien (sauf urgences absolues) ces derniers dix-huit ans, faisant en sorte qu’il est maintenant facile de la prétendre en piètre état. Autre dicton approprié ici : « Qui veut noyer son chien l’accuse de rage ». Ne soyons pas dupes. Solide comme le roc, elle reste tout à fait récupérable, à des coûts bien moindres que d’aucuns ne le suggèrent. Mais cela restera toujours trop cher pour une église lorsqu’on a une église de trop. Effectivement, il se fait très tard, surtout compte tenu que personne – et surtout pas l’Évêché – n’a pour elle de projets d’avenir. Quelle tristesse, mais aussi quelle honte d’avoir tant privé d’amour ce joyau qui méritait mieux…

Mais attention ici. La CSSH, fort éloquente par la bouche de son président, ne nous dit cependant pas tout. Certes, elle a un très louable projet en tête. Mais elle se garde bien de mentionner la phase deux du projet en question. Car il y aura – nécessairement – une phase deux, n’est-ce pas?

La phase deux, ce sont les travaux qui devront obligatoirement venir compléter et rendre utilisable le nouveau parc-école une fois celui-ci installé. Quels travaux? Ceux qui donneront aux élèves un accès libre et sécuritaire à leur cour d’école! Pensez un instant à la problématique de la circulation des élèves de leur école à leur cour d’école : un boulevard urbain, entre les deux modules d’une même école, c’est totalement inacceptable. Il ne s’agit pas d’une ruelle ici, mais de Laframboise, l’une des principales artères de la Ville! Surtout que la clientèle de cette école-ci est spéciale et particulièrement vulnérable. Phase deux, donc : mise en place des structures et/ou constructions nécessaires à ce que le passage à pied de l’école à la cour et vice-versa se fasse librement, en toute sécurité, sans nécessiter de fermeture de la voie publique (qui est une voie d’urgence!) aux heures d’école ni d’encadrement constant des élèves durant leur transit. C’est ça, la phase deux. Passerelle au-dessus du boulevard? Tunnel sous celui-ci? Toutes les autres approches ne seraient que cataplasmes sur jambes de bois. Qui veut risquer un chiffre quant à l’incontournable coût de la phase deux? Ce coût sera-t-il imputé au budget de fonctionnement ou à celui d’immobilisation?

…Et pour consoler les Maskoutains qui ont mal à leur patrimoine, le démolisseur laissera-t-il trôner (traîner?) en fond de terrain le clocher de l’église, comme cela s’est fait avec le dôme de la E.T.Corset? Piètre consolation, ce triste souvenir pourrait au moins continuer d’abriter le magnifique carillon d’Orléans jadis offert à la paroisse par la communauté des Frères du Sacré-Coeur…

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