21 janvier 2021
Fermeture temporaire de la succursale SAQ du centre-ville
Se sa(q)crer du monde
Par: Martin Bourassa

Le Devoir nous rappelait cette semaine que la Société des alcools du Québec (SAQ) a 100 ans. Le dépôt du projet de Loi qui allait donner naissance à la Commission des liqueurs, puis paver la voie à la Régie des alcools et ultimement à la SAQ que nous connaissons a eu lieu le 18 janvier 1921. Ça fait un bail.

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Avouez que la société québécoise et les bonnes mœurs en ont fait du chemin depuis. Ce monopole étatique célèbre son centenaire dans un contexte pandémique où l’on considère maintenant les SAQ – et la vente d’alcool – comme un service de première nécessité, au même titre que les épiceries et les pharmacies.

Mais tout le monde n’a pas le cœur à la fête quand il est question de la SAQ.

À Saint-Hyacinthe, le président de la Société de développement commercial (SDC) centre-ville est en beau fusil. Stéphan Rhéaume a varlopé à tour de bras la décision de la SAQ de ne pas maintenir ses opérations à proximité pendant la fermeture temporaire de la succursale du centre-ville. Celle-ci doit faire l’objet de travaux qui forceront sa fermeture jusqu’à l’été, soit une période d’environ quatre ou cinq mois.

En attendant la réouverture, la SAQ invite la clientèle à fréquenter l’autre succursale de Saint-Hyacinthe, soit celle qui se trouve aux Galeries St-Hyacinthe. Par le passé, au moment de rénover une première fois ses installations du centre-ville vers 2010, elle avait plutôt opté pour une stratégie différente. Elle s’était installée pendant un moment dans les locaux vacants de l’ancien magasin Antonio Moreau, aujourd’hui occupés par Les Trouvailles de l’abbé Leclerc. Puisqu’il y a d’autres locaux vacants au centre-ville, Stéphan Rhéaume aurait souhaité que la SAQ fasse un petit effort. Mais cela était trop demander à la SAQ.

Même que cette dernière a préféré mettre sa clientèle devant le fait accompli en annonçant la fermeture temporaire de sa succursale de la rue des Cascades le matin même, le 12 janvier, question sans doute de couper court aux pressions. Quelqu’un à la SAQ se souvient peut-être de la pétition et de la cabale menées par le restaurateur maskoutain Sylvain Auger contre le déménagement de la SAQ du centre-ville en 1995. « Déménager la SAQ du centre-ville, c’est criminel! », disait-il pour contrecarrer les plans de la SAQ. Avec succès.

D’où peut-être le côté caché et cavalier de l’annonce récente.

Car si on savait depuis quelques mois que le magasin de la rue des Cascades allait faire l’objet de travaux de rénovation, jamais jusqu’ici il n’avait été question qu’elle ne se relocalise pas temporairement durant cette période. Cette décision privera le centre-ville de l’une de ses locomotives à une période où le secteur commercial n’avait pas besoin d’un coup de Jarnac. On devine que ces considérations sur l’importance majeure de la SAQ au centre-ville sont loin, très loin, des préoccupations de la haute direction.

Mais c’est précisément le rôle de Stéphan Rhéaume et de la SDC de veiller à la défense des intérêts du centre-ville. Et il aurait été dans son intérêt que la SAQ conserve tout l’hiver quelques étagères de bon vin et d’alcool à proximité du Marché public.

M. Rhéaume a aussi décoché une flèche à l’endroit de la députée Chantal Soucy en estimant qu’elle aurait dû faire pression sur la SAQ pour l’inciter à revoir ses plans.

Je ne sais trop si c’est ce que l’on attend de notre députée en temps de pandémie, mais je devine que ce n’est pas le genre d’intervention politique qui doit impressionner grandement la direction de la SAQ, d’autant plus qu’on ne parle pas de fermeture permanente.

D’ailleurs, c’est à se demander ce qu’on réalisera comme travaux jusqu’à l’été dans la succursale du centre-ville pour la rendre au goût du jour. Considérant la dimension actuelle et projetée, quatre à cinq mois de travaux pour la rafraîchir, c’est un peu long, non?

Pour reprendre et actualiser le slogan de 1995, disons que fermer la SAQ du centre-ville sans relocalisation temporaire, ce n’est peut-être pas criminel, mais c’est se sa(q)rer du monde et de sa clientèle sur un temps rare.

Vive les monopoles…

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