12 mars 2015
Tous égaux, mais certains plus que d’autres…
Par: Le Courrier
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Théoriquement, tous les Québécois ont les mêmes droits et les mêmes privilèges. Théoriquement, nous sommes tous égaux en droits, ce que ne manque pas de nous rappeler notre chartre des droits et libertés. Je dis théoriquement, parce que nous savons que, concrètement, cette idée d’égalité ne trouve pas toujours son reflet dans la pratique. En d’autres mots, que nous sommes tous égaux, mais que certains le sont plus que d’autres…

Nous pourrions nous étendre longtemps sur la discrimination dont sont victimes tour à tour différents groupes de la société. En cette belle semaine de la ­déficience intellectuelle, j’aimerais vous parler de ce groupe particulier de ­personnes que j’ai la chance de côtoyer au Parrainage civique. Victimes de ­discrimination, vous dites? Oui : qui ne risque pas de l’être? Mais, au-delà de la discrimination, il y a l’égalité, toute simple, des chances et des options qui, pour ces personnes, est loin d’être ­acquise.

Un petit exercice tout simple pour bien comprendre la réalité de nos quelque 60 membres vivant avec une déficience intellectuelle. Nous savons à quel point il est difficile de se trouver un emploi. ­Surtout lorsqu’on n’a pas de secondaire 5. Lorsqu’on pense à ceux qui n’ont pas obtenu leur diplôme, on pense souvent aux décrocheurs, mais rarement à ceux pour qui, en raison d’une différence de capacités, il n’est pas réaliste d’obtenir un diplôme d’études secondaires, voire une sixième année…

Qu’on se retienne de diminuer les ­capacités des gens avec lesquels je ­travaille : la plupart ont de très bonnes capacités et savent lire, compter, écrire… et se rendre utiles. Certains habitent seuls ou en couple en appartement. Étrangement, ce sont souvent ceux-ci qui se trouvent dans la plus grande pauvreté : parce qu’ils nient leur handicap (la fierté et la dignité d’une personne ne sont pas nécessairement atteintes par la ­déficience intellectuelle), parce qu’ils veulent être autonomes et n’ont souvent, pour le faire, que l’option de l’aide ­sociale. Le « choix » de la misère…

Nous vivons dans une société plus ­inclusive, il est vrai. Certains de nos membres s’en tirent en effet mieux que d’autres. Certains de nos membres ­arrivent même à « bien » gagner leur vie grâce à un emploi. Je dis « certains », mais je compte sur une main ceux qui arrivent à vivre d’un travail. C’est malheureusement l’exception qui confirme la règle. Oui, donc, il semble y avoir moins de ­préjugés à l’endroit des personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle. Ceux-ci sont moins stigmatisés, mieux acceptés par la population, mais lorsqu’on pense à l’égalité des chances, surtout en matière d’emploi, on n’est bien loin du compte…

En cette belle semaine québécoise de la déficience intellectuelle, faisons en sorte que celle-ci ne soit pas un obstacle à une existence digne et enrichissante. À défaut de tous leur trouver du travail, soulevons-nous contre les mesures qui les touchent et qui visent à les appauvrir davantage en limitant davantage leurs moyens et leurs options. La déficience intellectuelle n’est pas un choix, pas plus que la pauvreté qui y est trop souvent associée…

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