5 juillet 2012
Carte postale de Michael Latour
Train 4 à destination du Bronx
Par: Le Courrier

Le Bronx, n’est plus que l’arrière-pays de Manhattan. Il y a quelques années, d’aucuns n’auraient osé y poser le pied. Pas les touristes en tout cas. Mais un vent de changement souffle sur le Bronx. Le quartier malfamé de New York est de plus en plus dynamique. Les artistes et les galeries d’arts inusités font sa nouvelle renommée. Le Bronx pourrait-il devenir le prochain quartier à la mode?

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C’est ici que le Maskoutain Michael Latour s’est installé à son retour de Djibouti, où on l’avait laissé dans la dernière carte postale. Il a retrouvé dans le Bronx, sans pour autant l’avoir cherché, un écho à la pluralité des classes sociales et à la diversité des cultures qu’il avait laissées sur le continent africain.

Né à New York et ayant grandi à Saint-Hyacinthe avant de visiter l’Europe et l’Afrique, Michael Latour a habité dans les quartiers d’East Village, de Washington Heights et même du Queens, mais c’est tout de même dans le Bronx qu’il s’est installé.Le bachelier en piano poursuit à New York un doctorat en littérature française tout en enseignant le français à la Fordham University, une institution catholique établie en plein coeur du Bronx.« Même en ayant habité New York, j’ai hésité avant de m’installer dans le Bronx. Mais en rencontrant les gens qui l’habitent, j’ai été convaincu. Je cherchais un grand appartement pour installer mon piano à queue. Dans le Bronx, les loyers sont moins chers et le quartier est en plein changement », explique d’emblée M. Latour.C’est d’ailleurs le prix réduit des appartements qui a attiré les artistes, en quête de larges studios et de galeries à prix réduit. Avec eux, ils ont amené un nouveau climat dans les rues.« À New York, je n’avais jamais parlé à mes voisins ou salué quelqu’un dans la rue. Ça ne se fait pas ailleurs, mais ici, il règne une vie de communauté. »Entre les cafés, les restaurants et les bars à la mode, quelque chose de particulier pourrait retenir l’attention des visiteurs québécois : dans le Bronx, de plus en plus de gens parlent français. « Il y a une vague d’immigration de l’Afrique francophone et c’est notable. Dans le métro, sur le trottoir, des gens parlent français, ce qu’on n’entendait jamais avant. »« Le Bronx se transforme, mais il y a encore de la pauvreté. Ce n’est quand même pas devenu un quartier huppé, mais il y a désormais des coins branchés. »

La ville, la plage

Pour rejoindre le Bronx depuis Manhattan, embarquez-vous dans le train 4. Ses rails vous transporteront à travers l’arrondissement à une hauteur suffisante pour jeter un coup d’oeil différent sur le quartier depuis les airs.

Premier arrêt : le nouveau Yankee Stadium, domicile de la plus victorieuse équipe de tout le sport professionnel – oui, oui, devant vos Glorieux! – avec 27 championnats de la Ligue de baseball majeure en poche. Ici, le quai est si près du stade que vous apercevrez le losange et les vastes gradins sans même quitter la locomotive.M. Latour propose d’ainsi traverser le Bronx sur les rails surélevés jusqu’à la dernière station du train 4 pour visiter le charmant quartier irlandais et ses nombreux pubs. Une autre opportunité de survoler le Bronx, à travers la scène des arts cette fois, s’offre à vous le premier mercredi du mois. Depuis la galerie d’art du Hostos Community College, un autobus qui rappelle les vieux tramways pourra vous transporter d’un attrait culturel à un autre. Galeries d’art, scène musicale, café des poètes ou performances dans les rues : libre à vous de descendre où vous le souhaitez pour remonter à bord plus tard puisque l’autobus circule en boucle. Mieux : l’activité est gratuite!Un arrêt est notamment prévu au Bronx Museum of the Arts, le point culminant de l’art contemporain de l’arrondissement.En famille, la visite du Jardin botanique et du Zoo du Bronx – l’un des plus grands zoos au monde – est à ne pas manquer. L’arrondissement permet aussi à ses visiteurs de vivre une dualité difficile à imaginer entre l’urbanité de la grosse pomme et la quiétude de la mer. « Le Bronx est pris entre le continent d’un côté et l’embouchure de l’océan de l’autre, avec l’eau du détroit qui découpe le littoral. »Pour profiter de cet avantage au maximum, M. Latour propose de visiter City Island. « C’est comme se retrouver dans un quartier de pêcheur alors qu’on est à quelques minutes de Time Square », estime M. Latour. Il est aussi possible d’y goûter des plats de fruits de mer savoureux dans les restaurants et de se rafraîchir tout près, à Orchard Beach, dans le parc Pelham Bay.Mais la visite du Bronx ne pourra pas être complète sans avoir jeté un oeil à la Fordham University, fondée en 1841, où travaille notre hôte. Le campus principal de l’université jésuite, Rose Hill, se situe en plein coeur du Bronx. Pourtant, il en coûte plus de 40 000 $ pour étudier un an à Fordham, voire plus si l’on réside sur le campus, ce qui en fait l’une des universités les plus dispendieuses aux États-Unis. « C’est l’une des universités les plus chères au coeur d’un des quartiers qui a la pire réputation, constate M. Latour. La vie à l’intérieur et à l’extérieur de ses murs est à l’opposé. »Car n’entre pas à Fordham qui veut. L’entrée des campus américains est surveillée. Chacun doit y présenter sa carte d’accès ou être inscrit au registre des visites. Le campus vaut néanmoins le coup d’oeil si vous avez la chance d’y circuler, l’architecture étant particulièrement impressionnante.« Même à l’extérieur, la présence des étudiants bien nantis s’est fait sentir. L’université se trouve dans la petite Italie. On retrouve des boulangeries et des pâtisseries qu’on ne croirait pas croiser ici. Juste pour contempler toutes les contradictions du Bronx, le voyage vaut le détour », conclut le professeur.

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