17 juin 2021
Transport collectif et horodateurs : un duo incompatible avec la réalité étudiante
Par: Le Courrier
Publicité
Activer le son

Ce texte répond à la lettre d’opinion du 3 juin, intitulée « Horodateurs, un choix courageux de Saint-Hyacinthe ».

La décision de la Ville de Saint-Hyacinthe de tarifer le stationnement dans le Quartier des études supérieures nuit à l’accessibilité aux études en exacerbant la précarité financière des personnes étudiantes et en limitant leur mobilité sur le territoire maskoutain.

Il va sans dire que l’accès à un stationnement gratuit n’est pas un droit fondamental : l’accès à l’éducation, toutefois, si. En fait, voyez-vous, d’un point de vue fiscal, les personnes étudiantes paient déjà pour se stationner dans les rues. En occupant une centaine d’immeubles à logements du coin, les personnes étudiantes sont une source de revenus importante pour la Ville de Saint-Hyacinthe. En effet, il convient de rappeler que les loyers payés par les milliers de personnes étudiantes de Saint-Hyacinthe servent, en partie, à payer la taxe foncière desdits immeubles. Les personnes étudiantes paient donc déjà pour la construction et l’entretien des rues : permettre le stationnement gratuit n’engendre alors aucuns frais supplémentaires à la Municipalité.

Certes, la Ville de Saint-Hyacinthe offre un service de transport en commun convenable, probablement plus généreux que ce qu’on peut trouver au sein d’autres villes de taille semblable. Cependant, le réseau de transport en commun n’est pas adapté à la réalité étudiante. Comme vous le mentionnez, seulement deux lignes de transport local, aux trajets très limités, desservent le Quartier des études supérieures.

Par exemple, aucune ligne directe ne relie le centre-ville et la rue Sicotte. Pour les personnes de l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA), les autobus desservant les principales régions avoisinantes ne passent souvent qu’aux heures le jour et les temps de déplacement sont démesurés. De plus, en médecine vétérinaire, nous pouvons être appelés n’importe quand, même au milieu de la nuit ou aux petites heures du matin, afin de répondre à une urgence, sans savoir quand nous pourrons retourner à la maison. Il est donc inconcevable pour la personne étudiante de devoir s’inquiéter pour son véhicule, de devoir le déplacer avant 8 h ou bien de payer son stationnement à temps sous peine de recevoir une contravention, alors que son entière concentration est requise pour la survie du patient. Quant au transport en commun, mentionnons que lors d’une garde, seul un délai de quinze minutes est alloué à la personne étudiante pour se rendre à l’hôpital vétérinaire : impossible de se rendre à temps en attendant le transport en commun.

Avoir un véhicule est rarement un choix, mais plutôt une obligation pour les personnes étudiantes de Saint-Hyacinthe, et le jugement de valeur que vous portez en ce sens est regrettable. C’est une richesse exceptionnelle pour la ville d’avoir l’unique Faculté de médecine vétérinaire (FMV) du Québec sur son territoire ainsi que l’un des deux campus de l’ITA. Les gens originaires de régions éloignées constituent une grande part de notre communauté étudiante. Ne pouvant étudier nulle part ailleurs ces programmes universitaires ou collégiaux, vous comprendrez que plusieurs personnes n’ont d’autre choix que de se procurer une voiture (souvent financée à l’aide d’une marge de crédit) afin de retourner dans leur région respective, trop souvent peu desservie en transport en commun. Il est aberrant de vous entendre dire que l’étudiant qui a un véhicule fait un choix et n’est « pas pauvre » simplement parce qu’il a une voiture. C’est en fait tout l’inverse.

Notez également que les retombées du transport en commun ne s’arrêtent pas simplement au coût de la passe d’autobus. Par exemple, la gestion du temps ajoute un stress lié aux différents horaires d’études qui doivent être conciliés avec les horaires d’autobus, ce qui illustre les facteurs humains que vous devez prendre en compte.

Afin d’améliorer la situation et avant de tarifer le stationnement, nous invitons la Ville à constituer un comité consultatif pour sonder les établissements d’enseignement supérieur et leur communauté étudiante. C’est seulement ensemble que nous pourrons adapter le transport en commun de la rue Sicotte aux réalités de ses usagers et promouvoir la mobilité durable.

En tant que représentants de la courageuse communauté étudiante de Saint-Hyacinthe,

Antoine Levasseur, président de l’Association étudiante de médecine vétérinaire du Québec

Gabriel Dusablon, président de l’Association générale des étudiants de l’Institut de technologie agroalimentaire

image