16 octobre 2014
Triste conclusion
Par: Martin Bourassa
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etour sur le décès du bâtisseur Jacques Daigle, celui qui a donné son lustre et ses ailes à l’Auberge des Seigneurs et à son centre de congrès.

Associer le mot bâtisseur au nom de M. Daigle n’a rien d’exagéré, bien au contraire. Il a construit nombre de projets immobiliers au cours de sa vie et dans de nombreuses villes et aura même été propriétaire du Manoir Rouville-Campbell pendant plusieurs années, jusqu’à sa vente à l’humoriste Yvon Deschamps en 1996.

L’Auberge des Seigneurs apparaît toutefois comme sa plus illustre réalisation maskoutaine, et aurait été son legs le plus précieux si l’établissement qu’il a construit pratiquement de toutes pièces n’était pas disparu avant lui dans les circonstances que nous connaissons tous. Gendre de M. Daigle et ex-directeur général de l’Hôtel des Seigneurs, Bill Churma m’a d’ailleurs confié que son beau-père avait été profondément attristé et affecté par les dernières années de misère de son ancien joyau.

Jacques Daigle n’a pas hésité à investir pour assurer le rayonnement de son auberge et lui donner toute son envergure. Il a pris des risques calculés et n’a pas hésité à réinventer ses concepts quand le besoin s’en faisait sentir. L’ajout de la tour et surtout la construction du centre sportif et des terrains de tennis intérieurs l’ont démontré.

Pour prendre la véritable mesure de son audace, nous avons retrouvé une découpure de presse du COURRIER datant de septembre 1998 et dans laquelle M. Daigle raconte comment son établissement « a conquis les Maskoutains et tous les Québécois ».

Pour prendre la véritable mesure de son audace, nous avons retrouvé une découpure de presse du COURRIER datant de septembre 1998 et dans laquelle M. Daigle raconte comment son établissement « a conquis les Maskoutains et tous les Québécois ».

On peut y lire qu’il s’est engagé en 1983 dans un premier agrandissement afin de combler les besoins en matière de congrès. « Cette décision, M. Daigle l’a prise même si beaucoup de gens soutenaient qu’il construisait plutôt sa tombe et qu’il n’avait aucune chance face à la concurrence des grands établissements de la métropole. Et tout cela en pleine crise économique! « On nous condamnait avant de creuser, disait-il dans cette entrevue. Mais il était important de procéder à cet agrandissement, car il fallait être prêt lorsque l’économie reprendrait toute sa vigueur. En y repensant, je crois sincèrement que nous avons posé un geste déterminant, qui a mené à la prospérité de l’Auberge des Seigneurs. Si nous n’avions pas agrandi, nous végéterions encore! »

C’est en 1995 que Jacques Daigle s’est départi de ses parts dans le complexe hôtelier maskoutain. Ce fut la première d’une série de ventes et de changements de bannières. Peut-être même le début de la fin puisque les entreprises qui ont pris sa relève se sont surtout démarquées en tant que gestionnaires d’hôtel.

Du propriétaire visionnaire et investisseur passionné, nous sommes passés à l’ère du propriétaire spécialisé dans la gestion d’actifs et la recherche de rendement. Maximum de rendement pour un minimum d’investissement pourrait-on ajouter.

Au moment de sa construction, plusieurs pensaient que M. Daigle creuserait sa propre tombe avec son centre de congrès. Ce fut tout le contraire. En 2014, c’est plutôt la fermeture de l’hôtel et du centre de congrès qui creuse petit à petit la nôtre ou du moins nous condamne à végéter.

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