7 décembre 2017
Parement de briques du Marché public
Trop abimé, prétend la Ville
Par: Benoît Lapierre
Photo François Larivière | Le Courrier ©

Photo François Larivière | Le Courrier ©

Bien qu’elle se soit donné comme premier objectif de préserver le caractère patrimonial du Marché public, la Ville de Saint-Hyacinthe renonce à préserver le parement de brique original du bâtiment construit en 1876-1877 qu’elle a cité monument historique en 2011.

Le premier des trois rangs de briques qui constituent les murs de l’édifice patrimonial doit donc être démonté au printemps et être remplacé par des briques neuves d’aspect vieillot, dans le cadre des phases II et III du projet de réhabilitation du Marché public, estimé globalement à 6 M$. Ces phases doivent être lancées simultanément au printemps par la firme Saint-Denis Thompson, de Montréal, détentrice d’un contrat de 3,6 M$.
À un point de presse tenu le 30 novembre, les représentants de la Ville ont soutenu que tous les spécialistes en restauration de bâtiments anciens qui ont été consultés en étaient venus aux mêmes conclusions. Sous les couches de peinture à l’huile dont elle a déjà été enduite, notamment lors de travaux réalisés en 1984, la brique aurait très mal vieilli. « Elle est détériorée, délaminée, elle a atteint sa durée de vie utile. C’est sans équivoque, tout le monde nous recommande le remplacement », affirme François Lussier, surintendant aux immeubles et aux espaces verts à la Ville de Saint-Hyacinthe.
Le directeur du Service des travaux publics, Yvan De Lachevrotière, a expliqué que les interventions planifiées pour le Marché public étaient le fruit d’une longue réflexion. « Quand je suis entré en poste en 2009, on en parlait déjà, et on en a rediscuté tous les ans. Et je dois dire qu’il y a sur ce sujet diverses écoles de pensée », a-t-il reconnu.
Il a précisé que dans le dossier du Marché public, la Ville s’est d’abord donné quatre grands objectifs. Outre la conservation du caractère patrimonial, la mise aux normes du bâtiment public, la mise en valeur de l’édifice, en cohérence avec sa vocation de marché public, et la pérennité de la restauration.
« On ne veut pas se retrouver avec des échafaudages autour du Marché public à tout bout de champ », a résumé le maire Claude Corbeil, à propos de la durabilité recherchée dans les interventions.
M. De Lachevrotière a indiqué qu’avant toute chose, la Ville avait fait dresser le Carnet de santé du Marché public par le bureau montréalais Beaupré Michaud et Associés, Architectes, lequel avait obtenu un contrat de 23 914 $ en juin 2013 à la suite d’un appel d’offres sur invitation. Comme c’est le remplacement du parement qui lui était conseillé, la Ville a demandé deux autres expertises, l’une de Maçonnerie Heine & Frères, de Saint-Hyacinthe, et l’autre de Rainville et Frères, de Chambly, la firme qui a réalisé la phase I du projet, soit la restauration des fondations. Ces consultants en seraient arrivés aux mêmes conclusions que Beaupré Michaud. « Ensuite, c’est le bureau Affleck de la Riva qui a confectionné les plans et devis, et il tient le même discours. (…) Ce sont tous des gens qui ont de la crédibilité dans le milieu, et on ne peut pas engager les meilleurs pour leur dire ensuite qu’on ne leur fait pas confiance », a-t-il poursuivi.
100 000 $ de plus
Le coût de remplacement du revêtement de brique original a été estimé à 709 000 $, ce qui est près de 100 000 $ de plus qu’une restauration, laquelle serait réalisable à un prix de 615 000 $, admet-on à la Ville. « Mais il faudrait ensuite des interventions aux cinq ans, entre autres pour appliquer un scellant. Avec un remplacement, on parle de 30 ans avant le rejointoiement et une durée de vie moyenne de 100 ans », a précisé M. François Lussier.
Il a expliqué que les deux rangs de briques intérieurs étaient reliés entre eux par des boutisses, c’est-à-dire des briques posées perpendiculairement pour unir les deux assemblages. « Le rang extérieur n’est pas relié aux autres par des boutisses, mais seulement par quelques liens métalliques qui sont corrodés. On pourrait poser des boutisses, mais ça nous obligerait à ouvrir de grandes portions de mur », soutient M. Lussier.
Mais quel serait l’impact du remplacement de la brique sur l’authenticité du bâtiment? La question reste entière. « Il y a moyen de trouver quelque chose qui se rapproche beaucoup de l’original. Un non-expert ne verra pas la différence », a répondu M. De Lachevrotière.
Présent au point de presse, le nouveau conseiller du district Cascades, Jeannot Caron, n’a pas protesté. « Je suis parfaitement d’accord (avec le projet), suite aux informations qu’on a eues », a-t-il mentionné.
LE COURRIER a demandé à voir les rapports des experts qui ont été consultés dans le dossier, mais la Ville traite la requête selon la procédure prévue à la Loi sur l’accès à l’information, ce qui implique des délais. 

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