27 août 2020
Revitalisation du quartier Christ-Roi
Trouver l’équilibre
Par: Martin Bourassa

La revitalisation du quartier Christ-Roi au centre-ville de Saint-Hyacinthe se dessine, même si l’idée semble relativement nouvelle. Si on a souvent entendu le maire et les conseillers parler de la revitalisation du centre-ville, nous n’avons pas souvenir qu’une action spécifique devait cibler tout particulièrement le vieux quartier Christ-Roi. L’idée est intéressante cela dit, car ce coin a besoin d’amour.

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Il est quand même assez surprenant que cet amour lui soit donné par un promoteur de l’extérieur, qui n’a aucune racine ou attachement particulier avec la ville de Saint-Hyacinthe. Ce promoteur, Steve Fortier pour ne pas le nommer, a été le premier à nous parler de la revitalisation du Christ-Roi, lorsque joint par LE COURRIER pour discuter de ses récentes acquisitions au centre-ville. Son exploit n’est quand même pas banal. Ses associés et lui ont réussi à acheter, depuis le printemps, tout un pâté de maisons en douce. Sans attirer l’attention, sans faire de vagues. Imaginez, à seulement quelques rues de là, le promoteur Groupe Sélection doit se pincer, lui qui se démène contre vents, marées, locataires et protestataires depuis quatre ans pour s’établir rue Saint-François, derrière le Centre des arts Juliette-Lassonde.

Ainsi donc, des investisseurs dont le pied-à-terre se trouve quelque part à Châteauguay seront bientôt propriétaires de cinq immeubles regroupant une quinzaine de logements et quelques bureaux et locaux commerciaux. Il ne leur reste qu’un immeuble à acquérir. Ce sera fait cet automne puisque l’offre d’achat a été signée. Steve Fortier a été très prudent dans ses commentaires en nous parlant d’un projet « embryonnaire » visant du résidentiel locatif. Pour un homme qui a déjà dépensé plus de 1 M$ dans ce projet, disons qu’il a l’embryon bien portant.

Il n’a pas souhaité dévoiler ses intentions, mais il est permis de croire qu’il n’a pas l’intention de s’asseoir sur son investissement. Il aura le terrain de jeu nécessaire pour raser le pâté de maisons et y faire pousser un immeuble locatif de quelques étages au goût du jour. Ce qui donnera des arguments de plus à tous ceux et celles qui s’inquiètent de l’embourgeoisement accéléré du centre-ville de Saint-Hyacinthe.

Vrai, l’écosystème du centre-ville est bien fragile. Il a été malmené pas mal ces derniers mois par des incendies et des démolitions qui ont rayé de la carte des dizaines d’appartements modestes et des logements abordables. Parfois par de tristes coups du destin, parfois délibérément pour y aménager des stationnements municipaux.

Dans le cas présent au Christ-Roi, c’est une action qui vise à remplacer du logement existant par du logement neuf. On peut s’attendre à ce que le bilan soit positif dans la mesure où il y aura plus de logements à terme sur ce pâté de maisons. Disons-nous les vraies affaires quand même, ils seront assurément plus dispendieux que ceux qu’ils remplaceront. Embourgeoisement, je crie ton nom? Oui et non.

Le centre-ville et le quartier ouvrier du Christ-Roi, l’un des plus vieux de la ville de Saint-Hyacinthe puisqu’il tire son origine du marché à foin, sont condamnés à évoluer et à se renouveler eux aussi. On ne peut pas empêcher le progrès, mais il faut savoir s’en méfier. Le contenir au besoin et éviter les excès. Trouver le juste milieu, le point d’équilibre entre embourgeoisement, mixité sociale et densification est tout un défi.

Sans cibler de façon spécifique le présent projet, nous sommes d’avis que notre administration municipale ne devrait pas laisser à des promoteurs immobiliers le champ libre dans ce domaine en se contentant de dicter quelques balises et règles d’urbanisme élémentaires. Il est dommage que nos élus aient renoncé dans le passé récent à inciter, voire même forcer, les promoteurs à se soucier de logement social ou abordable dans leurs projets de développement. Peut-être que ce nouveau promoteur nous surprendra à ce niveau, mais peut-être pas. Car rien ni personne actuellement ne l’incite à penser logement social quand il débarque à Saint-Hyacinthe, hormis sa bonne volonté manifeste. On verra lorsqu’il nous présentera ses plans et ses intentions de quoi il en retourne. Mais les élus ne pourront pas toujours s’en sortir en nous donnant l’exemple des 49 logements sociaux du projet Le Concorde piloté par l’Office d’habitation des Maskoutains et d’Acton afin d’excuser toutes les démolitions de logements abordables au centre-ville. Il faudra inventer autre chose pour maintenir l’équilibre précaire.

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