7 janvier 2021
Échange annuel avec le maire Claude Corbeil
Un plaisir partagé?
Par: Martin Bourassa

Pour une deuxième année consécutive, je vous présente cette semaine le compte-rendu de ma rencontre de fin d’année avec le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil. C’est un exercice que je prends un malin plaisir à préparer et auquel le principal intéressé semble se prêter de bon cœur et avec générosité.

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Il pourrait refuser mon invitation, mais il ne le fait pas. C’est tout à son honneur, car il peut être parfois périlleux pour un politicien de se soumettre à froid, pendant plus d’une heure, à un barrage d’une bonne trentaine de questions qu’il n’a pas vues au préalable.

L’idée de ce petit exercice sans prétention n’est pas de faire mal paraître le maire ni de le piéger par des questions embarrassantes. Mais pas question non plus de lui lancer exclusivement des balles en plein cœur du marbre pour qu’il puisse s’élancer tel un Babe Ruth.

Cet échange mené rondement, en tête à tête, sans support de la direction générale ni du Service des communications, permet de sonder l’état d’esprit du maire et de revenir avec lui sur les grands dossiers de l’année qui vient de s’écouler. C’est instructif à plus d’un niveau.

Je vous laisse apprécier la qualité des questions et des réponses données. Vous les trouverez aux pages 8 et 9 de l’édition papier. À vous de tirer vos propres conclusions, mais je me permets d’y aller de quelques observations toutes personnelles et de vous les partager.

Je retiens donc un grand paradoxe. Autant notre maire est capable de franchise, autant il peut parfois manquer de transparence. C’est ainsi avec honnêteté qu’il aborde la pandémie et aussi les ratés de 2020, que ce soit avec la piétonnisation de la rue des Cascades ou le traitement des bacs bruns à l’usine de biométhanisation. Je devine également qu’il savait fort bien que la décision prise en comité plénier de ne pas répéter l’expérience de la piétonnisation l’été prochain n’avait pas fait l’unanimité. Mais sans doute n’a-t-il pas voulu trahir les grands secrets sacrés du plénier.

Ce qui nous amène au manque de transparence qui suinte dans quelques réponses, spécialement quand il est question de l’entente avec Exceldor ou du départ de l’ex-directrice du Service de l’urbanisme. Sur Exceldor, on sent toujours un peu de retenu de sa part quand on le questionne sur l’attitude de l’Union des producteurs agricoles dans ce dossier chaud.

À la question de savoir si un maire qui n’est pas membre de l’UPA aurait été plus incisif dans ce dossier, il répond par la négative et assure qu’il n’a rien ménagé, lui qui a été incapable d’obtenir une seconde rencontre avec l’instance syndicale. Je ne doute pas de ses efforts concernant ce sujet sensible et on devine qu’il le sera encore davantage une fois que la démarche toujours pendante devant la Commission de protection du territoire agricole aura trouvé sa conclusion au cours de la présente année.

Pour ma part, je persiste à croire que l’entente secrète conclue entre la Ville de Saint-Hyacinthe et Exceldor nuit davantage aux intérêts de la Ville qu’autre chose en donnant des arguments à ceux qui suspectent de la magouille dans ce dossier. D’autres municipalités déroulent le tapis rouge et consentent des avantages aux entreprises qui s’installent chez elles. Et elles le font en toute transparence et sans que cela ne fasse scandale.

Récemment, on a appris que la Ville de Belœil avait consenti un congé de taxes de trois ans et une aide financière de 150 000 $ à Exceldor pour qu’elle installe son centre de distribution de 35 M$ chez elle. La Municipalité ne s’en est jamais caché. Pour sa part, Saint-Jérôme a consenti une emphytéose de 25 ans sur un terrain municipal de 450 000 pieds carrés et un congé de taxes foncières de cinq ans au constructeur d’autobus et de camions électriques Lion pour qu’il installe son usine de batteries de 180 M$ dans cette municipalité.

Des résolutions publiques adoptées par les conseils municipaux témoignent de ces aides directes à des entreprises privées en échange d’investissements substantiels. Mais pas à Saint-Hyacinthe où on arrive souvent à convaincre nos élus que toute vérité n’est pas bonne à dire. C’est cette mentalité déplorable et incrustée profondément que je tente de changer en m’assoyant avec le maire une fois par année pour notre petite jasette à la bonne franquette. Je suis tenace et j’essaierai encore en décembre. Les élections de novembre nous diront si tout sera à recommencer. Ou pas.

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