9 janvier 2020
Le Maskoutain Félix Ravenelle-Arcouette publie un premier roman
Un polar fumant
Par: Maxime Prévost Durand

Le cercle de cendres est un polar « localisé » inspiré par des frappes policières réellement survenues en territoires autochtones.

La patience a été de mise pour Félix Ravenelle-Arcouette avant d’en arriver à publier un premier polar. Photo Sandra Lachance

Pour son premier roman, Le cercle de cendres, publié cet automne, le Maskoutain Félix Ravenelle-Arcouette plonge dans le monde du polar. Inspiré par des frappes policières survenues en lien avec un réseau de trafic de stupéfiants et de contrebande de tabac à la fin des années 2000, en territoires autochtones, l’auteur a créé sa propre fiction, tout en restant le plus fidèle possible à la réalité de ces communautés.

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Les personnages sont inventés de toutes pièces, autant que l’histoire qui leur est rattachée. Mais le décor et les lieux, eux, sont bien réels, tout comme les événements qui y sont racontés, bien que certains aient été modifiés un peu.

Au fil des 288 pages de ce premier livre, paru sous la collection Noir des Éditions Héliotrope, on y suit Dave, un jeune homme qui tente, comme ses amis, de trouver sa place au sein de sa communauté. Sa sœur l’encourage fortement à délaisser sa vie de petit criminel, un conseil qui l’amènera finalement à s’inscrire en droit à l’université.

S’il ne trouve pas vraiment sa place sur les bancs d’école, l’attrait de l’argent et du pouvoir lui pendent au bout du nez lorsqu’un ami de son oncle lui demande de livrer des cigarettes de contrebande, puis, plus tard, de conduire un camion rempli de poudre à des clients. Habile, il s’attire le respect et gravit les échelons, ce qui l’amènera à reconsidérer ses aspirations.

L’histoire prend place principalement à Kahnawake et à Kanesatake, des territoires mohawks où l’auteur s’est rendu dans le cadre du projet. « La culture autochtone est particulière. Il faut aller la voir [pour la comprendre] », souligne Félix Ravenelle-Arcouette, dans un entretien avec LE COURRIER.

C’est en consultant un article dans le Journal de Montréal, au sujet d’une arrestation massive auprès de Mohawks et de motards, qu’il a eu l’idée de ce livre.

« J’étais entre deux projets. Je venais d’écrire un livre – qui n’est pas paru – et j’en cherchais un autre à écrire. Une bonne façon d’écrire un polar est de chercher dans les faits divers. [En voyant ça], je me suis dit que ça avait l’air d’un beau projet de polar », se souvient-il.

C’était d’ailleurs le but premier du projet : écrire. « Je voulais écrire un bon polar, tout simplement. Je voulais que ce soit intelligible à lire et à écrire et qu’on puisse plonger dans les personnages. »

Pour mieux connaître la réalité de la communauté autochtone, il s’est rendu à quelques reprises sur les lieux où s’étaient déroulées ces arrestations. Félix Ravenelle-Arcouette y a trouvé « une jeunesse confuse et un peu perdue », mais il a aussi découvert un peuple avec « une fierté d’être, qui fait changer les choses et qui est en train de réapprendre sa langue », énumère-t-il. « Ils ont une culture dynamique et en effervescence. »

Au fil de ses rencontres, il a même été invité à un souper où se trouvait une quarantaine de personnes, dont des trafiquants. « À partir du moment où ils ont su que je n’étais pas journaliste ou policier, ils m’ont parlé », raconte l’auteur de 38 ans, qui a mené des études en philosophie et qui vit de « petits boulots ».

Bien que le récit relève du domaine de la fiction, Le cercle de cendres se rapporte d’une certaine façon à la vraie vie de ces réserves indiennes. « Je l’ai fait le plus réaliste possible. Je ne voulais pas leur manquer de respect, mais je ne voulais pas être complaisant non plus. Je me suis documenté pour que ce soit vraisemblable et cohérent. »

Pour certains aspects du livre, il s’est néanmoins donné la liberté de laisser libre cours à son imagination. « Juste le fait que Dave aille à l’Université de Montréal est un peu romanesque puisqu’ils sont surtout anglophones là-bas », affirme l’auteur.

S’armer de patience

Félix Ravenelle-Arcouette a toujours voulu écrire un livre. À l’approche de la trentaine, il s’est lancé. « Je m’étais dit, si je ne le fais pas là, que je me relocalise et que je forme une famille, je ne le ferai jamais, se remémore-t-il. J’ai sacrifié beaucoup de choses pour quelques pages. »

Des livres, il en a écrit quelques-uns déjà, mais aucun n’avait fait son chemin jusqu’au public encore. Avant que ne soit finalement publié Le cercle de cendres, Félix Ravenelle-Arcouette a dû s’armer de patience. Le roman a été écrit au tout début de la décennie 2010, mais il a fallu plusieurs années avant qu’il ne se retrouve enfin en librairie.

« À l’époque où je l’ai écrit, les événements qui ont lieu dans le livre étaient d’actualité, dit-il en demi-blague. Mais le publier a été plus compliqué. J’ai dû trouver une maison d’édition et c’est un sujet qui est un peu intimidant. »

Sa patience a toutefois été récompensée par les éditions Héliotrope. Le récit du Maskoutain cadrait bien dans leur collection Noir, qui « propose de tracer, livre après livre, une carte inédite du territoire québécois, dans laquelle le crime se fait arpenteur-géomètre ». Le match était parfait. « Ils ont compris exactement c’était quoi le créneau du polar localisé », soutient l’auteur.

Maintenant que la glace est brisée, Félix Ravenelle-Arcouette ne cache pas son désir de publier d’autres romans, toujours dans le polar. « J’aimerais bien ça. Ce ne serait pas avec un même policier qu’on suit toujours, prévient-il, mais ça resterait surtout dans le style policier. »

D’ailleurs, il confie que Patrick Senécal, lors d’un atelier d’écriture auquel il participait, l’a encouragé à poursuivre dans cette veine en lui disant que « le polar, c’est [s]on truc ». Et il ne semble pas près d’en déroger pour le moment.

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