6 août 2020
Bilan de la piétonnisation
Un projet pilote à oublier pour la SDC
Par: Jean-Luc Lorry

Contrairement aux attentes, la rue des Cascades semblait bien calme lors des week-ends piétons qui se tenaient du 2 juillet au 2 août. Photothèque | Le Courrier ©

La piétonnisation de la rue des Cascades, qui s’est tenue pendant cinq week-ends de quatre jours du 2 juillet au 2 août, est un échec, si l’on se fie au bilan dressé par la Société de développement commercial (SDC) centre-ville de Saint-Hyacinthe, l’organisme qui représente les marchands de ce secteur de la municipalité.

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« Ce n’est pas une opération à refaire, estime sans détour Stéphan Rhéaume, nouveau président de la SDC, en entrevue au COURRIER. J’ai vu peu de monde sur la rue des Cascades durant ces week-ends piétons. L’ensemble des commerçants du centre-ville ont perdu du volume d’affaires dans cette aventure-là. »

« Trois commerçants de la rue des Cascades m’ont confié avoir subi conjointement des pertes avoisinant les 100 000 $ », indique M. Rhéaume pour illustrer sa totale désapprobation à la piétonnisation de la rue des Cascades.

Celui-ci exploite deux boutiques de vêtements, l’une sur la rue des Cascades et l’autre sur la rue Principale à Granby. « Sur les mêmes semaines, mes ventes ont été supérieures à mon magasin de Granby », constate-t-il.

Projet sans vie

Joëlle Turcotte, copropriétaire du bar-spectacle Le Zaricot situé sur la rue des Cascades, se disait favorable au projet d’une piétonnisation temporaire de cette artère commerciale majeure du centre-ville.

« Je suis amère. Je trouve que c’est un projet qui a été monté de façon à ne pas fonctionner », considère-t-elle après coup, lors d’un entretien téléphonique.

Mme Turcotte estime que la Ville s’est cachée derrière l’excuse de la santé publique, pour la distanciation physique, ce qui a empêché qu’il y ait de la vie dans ce projet.

« Les gens n’avaient aucun intérêt à venir », dit-elle, en soulignant qu’il n’y avait pas de mobilier urbain, que les terrasses n’ont pas pu être agrandies dans la rue et que les commerçants n’y trouvaient pas leur compte.

« On a bâclé un projet pour s’en laver les mains. Je suis convaincue que les conclusions qui seront tirées c’est que ça n’a pas fonctionné », se désole-t-elle.

Quant à l’achalandage, Joëlle Turcotte dit que les semaines de la construction sont toujours plus tranquilles au centre-ville et que cette année n’a pas été différente.

« On a eu ni plus ni moins de personnes qu’à l’habitude. Il n’y avait pas vraiment de changement, c’est toujours une période morte dans l’année. Ce n’est pas à cause de la rue piétonne. »

Décision des élus contestée

Dans une lettre adressée le 15 juillet au maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil, et à la direction générale de la Ville, le conseil d’administration de la SDC recommandait aux élus de mettre un terme au projet en annulant les deux derniers week-ends piétons.

La Ville avait maintenu sa décision en poursuivant ce projet pilote jusqu’à son terme, soit le dimanche 2 août.

« Je suis très déçu par le manque d’empathie des conseillers. Ils ne comprennent pas que nous avons des employés à payer et des inventaires à assumer », mentionne Stéphan Rhéaume.

« Le président de la SDC devrait être le principal interlocuteur auprès des élus, histoire qu’un tel fiasco qui a failli faire imploser la SDC ne se reproduise plus », poursuit-il.

Rappelons que le projet initial de piétonnisation mis de l’avant par le conseiller du district Cascades, Jeannot Caron, et endossé par l’ancienne présidente de la SDC, Jausée Carrier, consistait à piétonniser la rue des Cascades 7 jours sur 7, du 25 mai au 31 août.

Selon M. Caron, la piétonnisation a été victime des températures élevées et de fortes précipitations. « Nous aurions dû commencer ce projet pilote dès le mois de juin pour offrir un centre-ville où il fait bon magasiner. On aurait pu s’adapter au fur et à mesure », estime le conseiller municipal.

Le maire Claude Corbeil a abordé la question lors de son allocution au début de la dernière séance publique du conseil, ce lundi.

« Visiblement, cette expérience a soulevé beaucoup de résistance », a-t-il admis d’emblée, disant tout de même croire qu’une rue piétonne « peut offrir une valeur ajoutée dans un centre-ville ».

Le maire a reconnu que les « conditions gagnantes » n’étaient pas réunies cet été. Il a dit vouloir attendre de dresser un bilan plus complet avant de tirer des conclusions définitives. Chose certaine, il faudra « tous tirer des leçons de cette expérience et réfléchir ensemble pour la suite », a affirmé M. Corbeil en séance.

Avec la collaboration de Maxime Prévost-Durand et de Rémi Léonard.

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