4 juillet 2019
La Chine et le porc canadien
Un rapport d’enquête très attendu
Par: Benoît Lapierre

David Duval, président des Producteurs de porc du Québec. Photothèque | Le Courrier ©

En cessant de s’approvisionner en porc et autres viandes auprès de ses fournisseurs canadiens pour des raisons qui demeurent obscures, la Chine a déclenché au pays une enquête sur ses motifs dont bien des gens ont très hâte de connaître les conclusions.

C’est le cas bien sûr des producteurs de porc du Québec, qui craignent l’effet de cette décision sur les prix qui leur sont proposés pour leurs animaux. « Au début, la pression était surtout du côté des transporteurs, qui eux se sont retrouvés avec des conteneurs remplis de viande pour la Chine. Il leur fallait localiser cette viande et la rediriger vers de nouveaux acquéreurs : c’est toute une logistique. Maintenant, nous commençons à ressentir aussi les effets négatifs de cette situation. Les prix baissent. Ce n’est pas encore dramatique comme au printemps, mais ils baissent », a confié au COURRIER David Duval, président des Producteurs de porc du Québec.

Il ne croit pas du tout, comme le prétend le gouvernement chinois, que la pièce de viande dans laquelle de la ractopamine aurait été trouvée en Chine soit partie du Québec, plus précisément des congélateurs de la firme Expedi-Go Transit, un exportateur de Saint-Hyacinthe. Interdite en Chine, la ractopamine est un facteur de croissance qui a aussi été banni au Canada il y a une dizaine d’années, signale M. Duval.

« Nous n’utilisons plus ce facteur de croissance sur nos animaux et c’est très contrôlé. Chaque année, il y a une inspection complète de la ferme et tout est vérifié : les procédures, le registre des moulées, les doses de médicament, tout. Et ces inspecteurs-là subissent eux-mêmes une inspection qui détermine s’ils ont bien fait leur travail. On ne peut pas trouver de ractopamine dans notre viande, j’en suis sûr à 100 %. Les meuneries et les abattoirs sont aussi inspectés. »

Pour lui, il est impossible que du porc surgelé contenant de la ractopamine ait été expédié en Chine à partir de Saint-Hyacinthe. Sa seule explication, c’est qu’une fraude a été commise à l’aide de faux certificats d’exportation. Le nom de l’exportateur maskoutain aurait donc servi à faire entrer en Chine du porc provenant d’un autre pays, les États-Unis par exemple, où la ractopamine demeure en usage. Notons que, dans le registre de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), le nom de l’exploitant relié au numéro d’agrément d’Expedi-Go Transit est demeuré Frigo Royal (1998) inc., entreprise qui a été rachetée par Expedi-Go Transit en mars 2018. Voilà qui explique pourquoi c’est l’appellation Frigo Royal qui a circulé au début de cette affaire, fin-juin. « Je pense que des bordereaux d’expédition ont été falsifiés. On le saura quand l’enquête de la GRC sera terminée et qu’on aura trouvé le problème, un problème qui est aussi politique, je pense. »

David Duval serait très étonné que la Chine se prive encore longtemps du porc canadien, d’autant plus que son propre cheptel a beaucoup souffert de la peste porcine africaine, une maladie contre laquelle le Canada, souligne-t-il, a mis en place des mesures de vigilance extrêmes à ses points d’entrée.

Quoi qu’il arrive avec la Chine, il certifie que les éleveurs d’ici trouveront toujours preneurs pour leur porc. Au Québec, il s’agit d’une production annuelle de 7 millions de bêtes qui est exportée à 70 % vers 80 pays, dont près de 10 % en Chine. « II y a quatre ou cinq ans, la Chine était notre troisième marché (après les États-Unis et le Japon), mais il était pratiquement rendu le premier à la fin du premier trimestre 2019. C’est un marché extrêmement important. »

M. Duval explique que le vide que la Chine a créé dans ses approvisionnements de viande de porc sera comblé par d’autres pays fournisseurs, qui créeront ainsi d’autres vides ailleurs, vides que les exportateurs canadiens devront trouver.

Chez Olymel, premier transformateur de porc au Québec, cette affaire est évidemment suivie de très près. « Je vous confirme que c’est un dossier préoccupant. Nous restons en contact étroit avec les autorités règlementaires à Ottawa, dont l’ACIA, nous essayons d’obtenir le plus d’informations possible. Si ça devait se prolonger, notre équipe des ventes devra trouver d’autres débouchés, mais ça n’affecte pas les volumes des producteurs ni les emplois », a indiqué le porte-parole d’Olymel, Richard Vigneault.

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