30 janvier 2014
Centrale T.-D.-Bouchard
Un resserrement des conditions est exigé
Par: Le Courrier
Selon la Fondation Rivières, les conditions d'exploitation de la centrale hydroélectrique d'Algonquin Power Fund doivent être resserrées en ce qui a trait au débit réservé. La Commission d'enquête Doyon en était venue à la même conclusion en 1997.

Selon la Fondation Rivières, les conditions d'exploitation de la centrale hydroélectrique d'Algonquin Power Fund doivent être resserrées en ce qui a trait au débit réservé. La Commission d'enquête Doyon en était venue à la même conclusion en 1997.

Les autorisations gouvernementales accordées il y a 20 ans pour permettre le démarrage de la centrale hydroélectrique T.-D.-Bouchard, à Saint-Hyacinthe, ne devraient pas être renouvelées ce printemps sans un resserrement des conditions d’exploitation.

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C’est ce qu’affirme la Fondation Rivières dans une requête qu’elle a transmise le 27 décembre au ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet.

Selon cette organisation, qui garde à l’oeil les installations hydroélectriques privées que le gouvernement a autorisées dans le passé, le débit minimal réservé à la rivière Yamaska à la hauteur du barrage Penman’s et de la centrale, au centre-ville de Saint-Hyacinthe, n’est pas suffisant.Ce débit, estime la Fondation, devrait être bien supérieur à celui de deux mètres cubes par seconde qui avait été autorisé en 1993. Elle demande donc au ministre Blanchet de voir à ce que cette situation soit corrigée avant l’échéance du 31 mai 2014. C’est à ce moment que prendra fin le bail de location de 20 ans des forces hydrauliques qui avait été conclu entre le promoteur, aujourd’hui la firme Algonquin Power Fund, d’Oakville, en Ontario, et le ministère des Richesses naturelles, de même que le contrat d’achat d’électricité entre Hydro-Québec et Algonquin Power. Ce bail et le contrat avec Hydro-Québec pourraient être renouvelés pour une deuxième et dernière période de 20 ans.« Au cours des dernières années, la Ville (de Saint-Hyacinthe) a toujours exigé que le débit d’eau ne soit jamais inférieur à sept mètres cubes par seconde (m 3 /s), tandis que le certificat d’autorisation gouvernemental admet plutôt un débit minimal de deux m 3 /s », signale le président de la Fondation, Alain Saladzius, dans sa lettre au ministre Blanchet, dont il a aussi transmis copie à la ministre des Richesses naturelles, Martine Ouellet et au président d’Hydro-Québec, Thierry Vandal.En février 2013, la ministre Ouellet a annoncé que le gouvernement mettait fin au programme des petites centrales de 50 mégawatts (MW) et moins, mais cette décision ne touche pas les projets qui se sont concrétisés dans le cadre de ce programme lancé en 1991.Dans le cas de la centrale T.-D.-Bouchard, d’une puissance installée de 2,55 MW, Alain Saladzius souligne que plusieurs irrégularités avaient été identifiées par la Commission d’enquête sur la politique d’achat par Hydro-Québec d’électricité auprès de producteurs privés, laquelle a mené ses travaux de 1995 à 1997 sous la présidence du juge François Doyon (voir autre texte).M. Saladzius rappelle aussi qu’à l’été 2001, alors que, écrit-il, « le débit de la rivière Yamaska n’était plus qu’un filet d’eau », la Ville de Saint-Hyacinthe a dû passer un accord avec Algonquin Power pour que cesse complètement le turbinage entre le 15 juillet et le 15 septembre. Mais la Ville en avait payé le prix; elle avait accepté qu’Algonquin Power, son locataire au barrage Penman’s, ne lui verse pas la redevance de 13 354 $ représentant le loyer pour la période allant de juin 2000 à mai 2001.Pour la Fondation Rivière, ce genre de situation dépasse l’entendement. « Nous considérons qu’il est inadmissible qu’une Ville doive payer un promoteur pour laisser couler de l’eau dans la rivière, » soutient Alain Saladzius dans sa lettre au ministre Blanchet.À l’été 2012, la Ville a conclu un nouvel accord avec le promoteur, Algonquin, par lequel il s’engageait à augmenter de deux à sept m 3 /s le débit réservé au lit de rivière contournant la centrale, le « bief court-circuité », dans le jargon hydroélectrique. À ce débit réservé au bief s’en ajoutait un autre de quatre m 3 /s pour le démarrage de la centrale, ce qui portait à 11 m 3 /s le débit perdu par Algonquin et pouvant lui occasionner une baisse de revenus. Encore là, cette perte de débit devait être compensée par une diminution du loyer, jusqu’à concurrence du montant à payer en redevance, le tout incluant le débit réservé de deux m 3 /s déjà prévu au certificat d’autorisation.Sur la période de 18 ans allant de juin 1994 à mai 2012, Algonquin a versé en tout 244 836 $ en redevance à la Ville, soit 13 602 $ en moyenne par année. Mais c’est sans doute bien loin de ce que la vente d’électricité à Hydro-Québec a rapporté au promoteur.« La mise en exploitation de cette centrale a eu pour effet d’altérer considérablement l’aspect des lieux, en plein coeur de Saint-Hyacinthe, à un point tel que des arbres se sont mis à pousser dans le lit de la rivière », affirme la Fondation Rivières.

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