11 mars 2021
Un an de télétravail
Une nouvelle réalité bien implantée
Par: Rémi Léonard

La plupart des employés de bureau ont passé une bonne partie de la dernière année dans un nouvel environnement en raison de la généralisation du télétravail dans les entreprises. Photos | Le Courrier ©

La plupart des employés de bureau ont passé une bonne partie de la dernière année dans un nouvel environnement en raison de la généralisation du télétravail dans les entreprises. Photos | Le Courrier ©

Une entreprise qui fonctionne avec la majorité de ses employés à la maison : c’est aujourd’hui une situation qui ne surprend plus personne, mais qui était pourtant inimaginable il y a à peine quelque mois.

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Pour comprendre comment cette nouvelle réalité s’est implantée et, disons-le, imposée en raison de la COVID-19, LE COURRIER a sollicité quatre grands employeurs maskoutains qui ont pris le virage du télétravail. Nous avons visé les entreprises ayant des espaces à bureaux à Saint-Hyacinthe, en excluant le secteur manufacturier où les options de télétravail sont beaucoup plus limitées.

Un déploiement à grande vitesse

Il faut d’abord se rappeler que le premier confinement, décrété en mars 2020, nous est tombé dessus de manière assez soudaine. Le passage vers le télétravail à grande échelle dans les entreprises s’est donc réalisé dans une certaine urgence dictée par les consignes sanitaires gouvernementales.

À la Caisse Desjardins de la Région de Saint-Hyacinthe, le défi immédiat a été « d’outiller nos gens » pour rendre le travail à distance possible, a témoigné en entrevue Serge Bossé, directeur général. Un changement qui marquait néanmoins une certaine rupture dans le domaine des services financiers, où la rencontre en personne a toujours occupé une place de choix, a-t-il rappelé, ne serait-ce que pour entretenir une relation de confiance.

En même temps, « on ne voulait pas devenir un outil de propagation pour le virus », insiste M. Bossé, bien conscient que son organisation devait prendre ses responsabilités pour le bien collectif. Cette adaptation signifiait par exemple la mise en place d’une série de mesures pour sécuriser les points de service, mais aussi rassurer les employés et les clients qui se retrouvaient dans une situation totalement inconnue.

Chez Humania Assurance, l’équipe des technologies « s’est donnée corps et âme » pour rendre le télétravail opérationnel dans un court laps de temps, a rapporté au COURRIER Isabel Portelance, vice-présidente ressources humaines. « Dès les débuts de la pandémie, nous avons travaillé rapidement afin que nos employés puissent travailler de la maison », a aussi indiqué par courriel Nadine Hudon-Paquette, directrice principale Distribution stratégique et Communications pour Intact Assurance.

Garder le contact

Tout au long du confinement, Humania Assurance a cherché à multiplier les « points de contact » avec ses employés à distance afin de « toujours rester connecté avec eux et de prendre leur pouls », a rapporté Mme Portelance. Cette préoccupation de contrer l’isolement chez ses employés a aussi été très présente chez Olymel. En plus de ses usines, cette dernière a également chez nous son siège social, plus propice au télétravail. « Il a fallu adapter nos manières de faire, opter pour une gestion différente » en raison du télétravail, a indiqué en entrevue Michelle Demers, vice-présidente des technologies de l’information chez Olymel. Là aussi, une prise de contact fréquente avec les employés était privilégiée pour s’assurer que personne ne soit laissé à lui-même.

Message similaire chez Desjardins, où Serge Bossé a toujours voulu « rester proche de son monde pour maintenir l’esprit de corps » au sein de l’équipe.

Chez Humania, on a également eu comme volonté de pallier tout ce que la pandémie a pu retirer comme avantages aux employés par le biais d’alternatives virtuelles. On parle par exemple de séances de yoga virtuelles, d’activités de réseautage, d’ateliers sur l’ergonomie du travail à la maison et même une activité des Fêtes en ligne pour remplacer les célébrations habituelles.

Il faut dire que l’entreprise jouit déjà d’une excellente réputation en tant qu’employeur et la pandémie ne semble pas avoir affecté cette caractéristique puisque Humania Assurance a remporté le titre d’employeur de l’année dans la catégorie PME aux Mercuriades 2020 et, plus récemment, a été sélectionnée parmi les « meilleurs employeurs du Grand Montréal 2021 », selon Mediacorp, des distinctions qui parlent d’elles-mêmes pour Mme Portelance.

Alors, on aime ou on n’aime pas?

Une fois le télétravail bien implanté, les entreprises relèvent généralement plus d’avantages que d’inconvénients pour leurs employés, d’après nos entretiens. Que ce soit pour la logistique du transport, la conciliation travail-famille où la flexibilité que procure le télétravail, la plupart de ceux qui l’ont expérimenté semblent avoir apprécié leur expérience.

Pas tous, fait cependant remarquer Serge Bossé, qui se classe lui-même dans cette catégorie pour qui rien ne remplacera la présence physique et l’échange en personne. Malgré cette préférence toute personnelle, il croit néanmoins que plusieurs aspects du travail à distance vont rester. Du côté des membres, M. Bossé a aussi constaté que la plupart « ont bien accepté et apprivoisé » les rencontres virtuelles avec leur conseiller. Au final, si ses employés l’apprécient et les clients aussi, comment être contre? Il envisage que l’ampleur que prendra le télétravail à l’avenir dépendra en bonne partie de la volonté des membres.

Chez Intact, on prévoit aussi que « les outils numériques continueront de jouer un rôle important après la pandémie puisque le télétravail a apporté des changements dans les habitudes des employés, notamment en ce qui concerne l’accélération de l’adoption du numérique et des plateformes collaboratives », a indiqué Mme Hudon-Paquette.

On demeure plus prudent chez Olymel en disant vouloir faire un bilan complet des impacts du télétravail avant d’envisager son avenir au sein de la compagnie. « Nous étions déjà bien positionnés » en matière d’outils et d’infrastructures technologiques, a rapporté Denis Lévesque, directeur principal des services d’information, mais la pandémie a poussé l’entreprise à explorer beaucoup plus de possibilités offertes par ces outils. Reste à voir quelles leçons seront tirées de cette expérience.

Et pourquoi pas les deux?

Au fil des conversations, le mode hybride semble toutefois rallier un consensus chez nos intervenants, car malgré les avantages certains du télétravail, il restera toujours une pertinence à réunir des employés dans la même pièce, que ce soit pour accomplir certaines tâches d’équipe plus facilement, mais aussi pour développer un sentiment d’appartenance et des relations informelles avec ses collègues.

Chose certaine, un retour à l’avant-COVID paraît peu imaginable. « Ça fait maintenant partie de nos mœurs », reconnaît Serge Bossé, qui observe que cette crise aura été un vecteur de changement. « Des situations comme celle-là, ça pousse les entreprises à voir les choses différemment et à évoluer », a-t-il commenté.

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