8 août 2013
Passage de la voie ferrée sur l'autoroute 20
Une solution à 100 M$ selon le MTQ
Par: Jennifer Blanchette

Pour aménager une infrastructure permanente qui éviterait aux trains de marchandises de traverser l’autoroute 20 à la hauteur de Saint-Hyacinthe, le ministère des Transports du Québec (MTQ) estime qu’il en coûterait entre 80 et 100 M$. Un montant qu’il n’est manifestement pas disposé à défrayer, à moins qu’un promoteur privé accepte d’éponger cette facture à sa place.

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C’est du moins l’essentiel de la réponse formulée par le MTQ à une demande de la Coop fédérée réclamant une solution de rechange à l’actuel passage à niveau. LE COURRIER a pu obtenir une copie de cette missive du MTQ datée du 5 juillet, soit adressée la veille de la tragédie de Lac-Mégantic.

On y apprend que le Ministère « n’envisage pas l’étagement de la voie ferrée à moins qu’un éventuel promoteur accepte d’en commanditer la réalisation ». Or, à en croire le MTQ, la situation actuelle ne semble pas compromettre la sécurité des usagers de la route, du moins pas au point de devoir investir des sommes considérables. Le Ministère explique que « l’ensemble de ce projet [de jumelage] entraînerait un échéancier de réalisation beaucoup plus long et des coûts importants, lesquels ne peuvent être justifiés tant pour des considérations économiques que de sécurité routière ».D’ici quelques années, les entreprises maskoutaines desservies par cette voie ferrée entrevoient cependant de prendre de l’expansion, augmentant de façon considérable le nombre de wagons qui croiseront annuellement l’autoroute Jean-Lesage.Selon ce que nous avons pu apprendre en discutant avec celles-ci, on estime déjà à environ 10 000 le nombre de wagons qui circulent annuellement sur les rails desservant le parc industriel Théo-Phénix en bordure de l’autoroute 20.C’est ce constat qui a incité la Coop fédérée, qui a des intérêts dans la société Transbordement Saint-Hyacinthe en bordure de la 20, à formuler une demande de jumelage des vocations ferroviaire et routière du futur viaduc Laframboise. Ce viaduc, situé à proximité de la voie ferrée du CN, doit être refait en 2014.

Absurde réplique le député Pelletier

Bien au fait des démarches des autorités municipales et de la Coop fédérée dans ce dossier, le député de Saint-Hyacinthe Émilien Pelletier ne s’est pas gêné pour dénoncer la solution « absurde » proposée par le MTQ.

« Ça revient à dire que les étudiants devraient payer pour la construction des écoles et les malades pour celle des hôpitaux. L’autoroute 20 a été construite après ce tronçon ferroviaire. Il est donc de la responsabilité du MTQ de rendre ce croisement sécuritaire », a commenté le député en entrevue au COURRIER.Sachant que le MTQ doit entreprendre la reconstruction du viaduc Laframboise en 2014, M. Pelletier dit avoir déjà discuté de la possibilité de jumeler ce chantier à celui d’une structure d’étagement pour la voie ferrée avec Sylvain Gaudreault, ministre des Transports. « J’ai demandé s’il était possible de faire d’une pierre deux coups, mais de toute évidence ce ne le sera pas, puisque les coûts pour la reconstruction du viaduc Laframboise sont déjà inscrits dans le budget du Ministère et que la reconfiguration du croisement entre la 20 et la voie ferrée coûterait trop cher », déplore le député. Il ajoute que « l’idéal aurait été d’inclure, il y a deux ans, l’aménagement de ces infrastructures dans celles du viaduc Laframboise, de penser sa construction en conséquence de l’étagement de la voie ferrée ».Au sujet des coûts de 80 à 100 M$ avancés par le MTQ, il précise toutefois que personne à sa connaissance n’a pu consulter l’étude étayant de tels montants.« J’ai déjà fait la demande plus tôt, mais je n’ai pas eu de retour. Cette semaine, je vais relancer le ministre Gaudreault afin d’obtenir l’étude du MTQ. »

Règles de sécurité désuètes?

Bien que le Canadian National (CN) applique des règles strictes concernant le passage de ses trains de marchandises sur la voie rapide à Saint-Hyacinthe, l’aspect sécuritaire de ce carrefour est régulièrement remis en question.

« On parle de 100 wagons de plus par semaine qui croiseront bientôt l’autoroute. Si on ajoute cela à une augmentation du trafic routier, ça commence à représenter un risque assez élevé de collision », croit le député qui ne partage pas du tout l’opinion du MTQ quant au risque associé à la situation actuelle.Il poursuit, en indiquant que les trains du CN sont tenus d’éviter de passer durant les heures de pointe sur l’autoroute, mais qu’aujourd’hui, la plage horaire de la circulation s’est passablement décalée. « Pour ce qui est de l’obligation des conducteurs ferroviaires de circuler à très basse vitesse lorsqu’ils arrivent à la voie rapide, c’est une bonne mesure. Toutefois, lorsque c’est un très long convoi qui traverse à 30 km/h, ça prend du temps. Imaginez la congestion que cela va créer si les automobilistes doivent s’immobiliser encore plus fréquemment. »La Coop fédérée avait elle aussi retenu l’argument de la sécurité routière dans sa lettre adressée au MTQ. « Notre proposition vient encourager une plus grande sécurité aux dizaines de milliers de passagers automobiles qui empruntent cette voie rapide chaque jour », avait écrit le chef de la direction, Claude Lafleur, le 10 avril.

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