27 octobre 2016
Valeur patrimoniale « supérieure » pour l’église Sacré-Cœur
Par: Rémi Léonard
Le bas relief au-dessus du portail de l’église Sacré-Coeur-de-Jésus. L’œuvre devrait être conservée advenant la démolition, avait suggéré en août une paroissienne.  Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le bas relief au-dessus du portail de l’église Sacré-Coeur-de-Jésus. L’œuvre devrait être conservée advenant la démolition, avait suggéré en août une paroissienne. Photo François Larivière | Le Courrier ©

L’église Sacré-Coeur-de-Jésus, qui doit être démolie au printemps, a obtenu une cote de hiérarchisation régionale « supérieure » lors des travaux d’inventaire des lieux de culte effectués en 2003 par le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ). Il s’agit de la note « C » sur une échelle allant de « A » à « E ».

Son architecte René Richer est pour beaucoup dans cette évaluation puisqu’il s’agit de la dernière église réalisée par le célèbre Maskoutain, en 1946-1947. C’est aussi sa « plus novatrice », indique la fiche détaillée obtenue du CPRQ, notamment au plan architectural par « la simplification du plan et des lignes » et par son intérieur qui représente « sa réalisation la plus portée vers une certaine modernité ».

Le fait qu’elle ait été érigée sur le terrain du Collège Sacré-Cœur, dévasté par un incendie mortel en 1938, est aussi souligné comme élément d’intérêt historique. La construction de l’église consacre également l’établissement du quartier Bourg-Joli, qui s’est développé à partir de 1911 à l’initiative de Télésphore-Damien Bouchard et du « Crédit Maskoutain », souligne le document.

L’extérieur du bâtiment est aussi jugé estimable. « L’église Sacré-Coeurs-de-Jésus [sic] est une construction simple, harmonieuse et qui présente une belle cohérence à travers ses matériaux et ses formes », résument les évaluateurs.

À titre comparatif, la Cathédrale Saint-Hyacinthe-Le-Confesseur et l’église Notre-Dame-du-Rosaire (la plus ancienne toujours debout à Saint-Hyacinthe) obtiennent la même cote de hiérarchisation régionale que l’église Sacré-Cœur, soit « supérieure ». Parmi les douze églises que compte la ville, six autres, dont l’église Notre-Dame-du-Très-Saint-Sacrement, se classent au niveau inférieur avec la cote « moyenne » et deux se retrouvent dans la dernière catégorie de « faible » valeur (voir tableau).

Fait particulier, l’église Assomption-de-Notre-Dame les détrône toutes en se voyant attribuer la cote « B » pour une valeur patrimoniale « exceptionnelle », entre autres parce qu’elle fait « figure de pionnière », que « son architecture [a eu] un rayonnement bien au-delà du diocèse de Saint-Hyacinthe » et qu’il s’agirait de « l’une des premières à avoir un pignon de verre », décrit-on dans sa fiche détaillée.

« C » pas assez

Malgré la reconnaissance patrimoniale et symbolique, lorsqu’on arrive aux subventions, c’est « plus difficile » pour les églises classées « C », puisque les efforts se concentrent habituellement sur les « A » et les « B », a expliqué Robert Mayrand, chargé de projet en patrimoine à la MRC des Maskoutains. La hiérarchie du CPRQ sert principalement à distinguer la valeur patrimoniale des églises d’une même région administrative entre elles. Pourquoi alors l’église Sacré-Cœur a-t-elle été délaissée au profit de l’église Notre-Dame-du-Très-Saint-Sacrement, située tout près et pourtant moins bien classée?

Si on remonte en 2011, le diocèse de Saint-Hyacinthe avait déjà statué que l’une des trois églises de la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin était de trop. Celle de la rue Louis-Jolliet, plus ancienne et plus isolée, serait épargnée, avait décidé l’évêché. Quant aux deux voisines, un comité est arrivé en 2012 à la conclusion que l’heureuse élue serait l’église Notre-Dame-du-Très-Saint-Sacrement, « principalement parce que son presbytère est très utilisé et que son état général est meilleur », expliquait alors le chanoine Gaston Giguère. À ce moment, la Ville de Saint-Hyacinthe envisageait toutefois d’acquérir l’église Sacré-Cœur pour y donner une nouvelle vocation sportive. On sait que le projet, comme plusieurs autres en quatre ans, n’a finalement pas abouti jusqu’à ce que la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSH) présente l’offre actuelle. La dégradation du bâtiment, évoquée pour justifier la mise en vente, est donc graduellement devenue un argument pour sa démolition afin de faire place à la future cour de l’école René-Saint-Pierre.

Trop jeune pour être sauvée

L’historienne Diane Leblanc, qui siégeait à la table régionale du CPRQ lors de l’inventaire, se questionnait déjà en 2012 sur ce choix. Encore aujourd’hui, elle juge l’église Sacré-Cœur davantage digne d’intérêt « parce qu’elle s’inscrit dans l’histoire du quartier » et pour ce que représente René Richer à Saint-Hyacinthe. Elle a également souligné la difficulté de protéger les édifices moins anciens, qui sont automatiquement désavantagés dans le classement du CPRQ. Une norme qui était déjà critiquée à l’époque pour être trop défavorable à beaucoup d’édifices modernes « intéressants » tels que l’église Sacré-Cœur, selon l’historienne.

Pour aller vers un scénario différent, Robert Mayrand croit qu’il aurait fallu « une volonté qui vienne du milieu et qui soit supportée par le diocèse », deux éléments vraisemblablement absents. Même en bénéficiant d’une certaine reconnaissance, il reste « énormément d’églises » à Saint-Hyacinthe et il est difficile de concevoir qu’elles restent toutes debout à l’avenir, particulièrement l’église Sacré-Cœur.

Sa démolition, prévue au printemps, a été acceptée en septembre par le comité municipal qui s’est penché sur la question. La décision a toutefois été portée en appel à la suite d’une contestation et une nouvelle audience devra donc avoir lieu à une date qui n’est pas encore fixée.

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