30 avril 2015
E.T. Corset
Vibrants plaidoyers pour la préservation
Par: Benoît Lapierre
Photos à l’appui, Marie-France Daigneault Bouchard a multiplié les arguments en faveur de la restauration de la E.T. Corset. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Photos à l’appui, Marie-France Daigneault Bouchard a multiplié les arguments en faveur de la restauration de la E.T. Corset. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Le promoteur Stéphane Arès a tenté de convaincre les élus qu’il n’y plus rien à faire avec la E.T. Corset.Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Le promoteur Stéphane Arès a tenté de convaincre les élus qu’il n’y plus rien à faire avec la E.T. Corset.Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Émile Bouchard, vice-doyen de la Faculté de médecine vétérinaire. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Émile Bouchard, vice-doyen de la Faculté de médecine vétérinaire. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Jean-Marie Pelletier, du centre Expression. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Jean-Marie Pelletier, du centre Expression. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

La restauration de l’ancienne usine E.T. Corset et sa conversion en édifice à logements de type « lofts » a déjà fait l’objet d’un projet très élaboré qui a même été présenté au Service de l’urbanisme de la Ville de Saint-Hyacinthe pas plus tard qu’en décembre 2014.

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Telle est l’étonnante révélation qu’une diplômée en architecture, Marie-France Daigneault Bouchard, a faite lundi après-midi devant le conseil municipal dans le dossier E.T. Corset.

Les élus tenaient audience pour entendre les personnes qui ont interjeté appel de la décision que le comité de démolition a rendue en faveur du promoteur Stéphane Arès, nouveau propriétaire de la vieille manufacture de corsets et demandeur d’un permis pour la démolir.

« Je suis ici en tant que professionnelle de l’aménagement pour m’opposer à ce qui serait une troisième erreur irréparable dans ce secteur postindustriel de grande valeur pour l’identité même de Saint-Hyacinthe, qui compte sur un riche passé industriel », a expliqué Marie-France Daigneault Bouchard, une Maskoutaine qui est adjointe à la direction générale de la Maison de l’architecture du Québec. Elle détient une maîtrise en architecture de l’Université de Montréal, de même qu’une maîtrise en histoire de l’art de l’Université Concordia.

Elle a indiqué au COURRIER qu’elle est intervenue dans le dossier à titre personnel, par attachement pour sa ville, et non pour représenter le promoteur local qui souhaitait pouvoir mettre en valeur la E.T. Corset en y investissant 5 millions $ pour créer 24 unités d’habitation. Elle n’a pas identifié le promoteur en question, mais selon nos informations, il s’agirait de Raymond Joyal, auteur de quelques projets réussis de reconversion de vieux bâtiments industriels à Saint-Hyacinthe.

« J’ai eu l’opportunité de consulter l’esquisse du projet (…). Les conclusions sont formelles, la structure de la E.T. Corset est en assez bon état, et il n’y aurait aucun problème à la convertir en résidences, tout ça à l’intérieur de l’investissement initial de 5 millions $. Évidemment, ces études ne disent pas que ce bâtiment est neuf et qu’il ne nécessite pas de travaux. Je vous rappelle qu’il a été construit en 1892 », a poursuivi Mme Daigneault Bouchard, avant de passer en revue quelques interventions nécessaires. Elle a mentionné, par exemple, que l’affaissement d’une section de la fondation était dû à l’assèchement du sol par un arbre qui doit être coupé. « Une situation très courante à laquelle il existe des solutions et surtout, des experts pour y remédier. Sinon, contre toute attente, les fondations sont en bon état, tout est sec, droit et solide (…) Ce magnifique bâtiment peut être restauré », a-t-elle plaidé.

D’entrée de jeu, le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil avait donné la parole au demandeur du permis de démolition, Stéphane Arès, lequel n’a pas trouvé beaucoup de qualités au bâtiment qu’il a acheté le 17 mars du dénommé Guillaume Perez pour la somme de 350 000 $. « Je ne m’en suis pas porté acquéreur pour le récupérer », a-t-il admis.

« Le sol est contaminé et le bâtiment est exempt de fondation. À partir du moment où la base n’est pas viable, le bâtiment commence à s’affaisser (..). D’aucune façon, ce bâtiment-là n’est récupérable, malheureusement », affirme-t-il.

Son ingénieur, Grégoire Tremblay, a pris la parole plus tard pour corroborer ses dires. Selon M. Tremblay, à peu près tout est à refaire, à commencer par les fondations en moellon et mortier. « On parle peut-être de 5 millions $ juste pour refaire les fondations », a-t-il soutenu.

Mais à l’audience de lundi, à laquelle assistaient une vingtaine de citoyens, les défenseurs de la E.T. Corset ont été les plus nombreux à se faire entendre. Émile Bouchard, vice-doyen de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, a fait valoir que le vieux bâti s’avérait une grande richesse de Saint-Hyacinthe et que par conséquent, des efforts devaient être faits pour le sauvegarder. « Ce qui nous attire dans d’autres pays, d’autres villes, ce sont des bâtiments qui ont été préservés (…). S’il fallait démolir tous les immeubles dont le sous-sol est un peu instable, il ne resterait pas grand-chose », a-t-il lancé aux élus.

Jean-Marie Pelletier, du centre d’exposition Expression, est intervenu dans le même sens. Lui qui a siégé sur un grand nombre de comités à Saint-Hyacinthe a souvent constaté à quel point les Maskoutains étaient fiers de leur patrimoine. « Chaque fois qu’on était appelé à argumenter sur les qualités de Saint-Hyacinthe, le patrimoine bâti ressortait énormément (…). On a beau être reconnu comme personnalité, encore faut-il en avoir une. Or, la E.T. Corset fait partie de la personnalité de Saint-Hyacinthe », a soutenu M. Pelletier.

Au terme de l’audience, le maire Corbeil a fait savoir que le conseil municipal allait rendre sa décision dans le dossier dès sa séance publique de lundi prochain.

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