15 juin 2017
« YÉ 3 heures on ferme!!! » 
Par: Le Courrier
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Cette année, Le Bouffon Resto-Pub qui a pignon sur rue au centre-ville de Saint-Hyacinthe célèbre ses vingt ans. Ce projet est parti d’un rêve qu’avait notre frère cadet. Loin d’être financé, structuré ou accompagné d’une maison-mère, ce sont plutôt nos parents qui, à l’époque, retiraient leurs REER et mettaient leur maison en garantie pour que l’on puisse accéder à notre rêve.

Les premières années, « yé 3 heures on ferme! », je l’ai dit à plusieurs reprises puis, plus rarement et maintenant, pratiquement jamais. Pourquoi? Les temps ont changé. Le mode de vie des clients a changé.On a dû s’adapter.On a revu « notre plan d’affaires ». Comme toute entreprise désirant traverser le temps, nous sommes devenus un pub et maintenant un restaurant.

Pas moins de 300 jeunes étudiants ou employés de la restauration sont passés entre nos murs. Aujourd’hui devenus des comptables, des pompiers, des policiers, des ingénieurs, des chefs propriétaires et ainsi va la vie.

Je me retrouve vingt ans plus tard, soit mardi soir dernier aux Centre des Arts Juliette-Lassonde, pour assister à la présentation du projet de Réseau Sélection. Pour la première fois je fais de l’anxiété. J’ai peur pour notre petite entreprise. J’ai peur qu’elle ne survive pas à l’absence d’un stationnement public à proximité et gratuit. Je me retourne, et je constate que dans la salle nous sommes des centaines de personnes propriétaires de petits commerces, travailleurs, ou résidents qui, comme moi ont le même regard. Je quitte à 23 h 15 triste et inquiète.Je dois essayer de dormir, j’ai une entreprise à faire rouler demain.

Et puis voilà! Le lendemain, mercredi soir, il fait beau et Jean-Sylvain Bourdelais, directeur général de la salle Juliette-Lassonde a eu la brillante idée de présenter le groupe Loverboy, icône des années 80.

Il est 18 h, notre restaurant fourmille. Des gens heureux comblent la place, des amis de longue date pour plusieurs. Ils viennent célébrer la vie et se remémorer leur jeunesse. J’étais d’autant plus heureuse moi aussi puisqu`à 20 h, je me permettais d’assister au concert avec eux.

Assise au même endroit que la veille, et après avoir servi 150 personnes quelques minutes plus tôt, je me laissais donc aller pour deux heures à chanter, à danser et surtout à me remémorer mes nombreuses années de travail à monter ce commerce au centre-ville. Le temps passe rapidement. Merci Jean-Sylvain! C’est aussi ça du tourisme d’affaires et d’agrément. C’est notre tourisme de petits commerçants indépendants. 

Et vous savez quoi ?À la suite du spectacle, de retour dans mon commerce pour poursuivre mon travail,je me suis surprise à prononcer … «Yé 3 heures on ferme!!! ». Cette soirée fût magique. Mais la réalité étant bien loin de notre rêve, l’accessibilité à un stationnement public à proximité, facile d’accès et gratuit doit être une priorité. Nos élus doivent être à nouveau sensibilisés à cette réalité.

Au nom des employés et clients du centre-ville, je vous affirme haut et fort que votre présentation n’est pas rassurante. L’accès aux stationnements sera indéniablement fragilisé au cours des prochaines années. De grâce, faites en sorte que vos décisions actuelles ne fassent pas de nous les victimes du nouveau centre-ville en devenir.

Je suis commerçante du centre-ville et je ne souhaite évidemment pas être contrainte un jour à dire : « Yé 3 heures on ferme… pour toujours! ».

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