8 mars 2012
Yogourt Yoplait : un futur produit maskoutain?
Par: Jean-Luc Lorry

Le malheur des gens de Granby pourrait-il bientôt faire le bonheur des gens de Saint-Hyacinthe? C’est la question qui se pose et qui s’impose depuis l’annonce récente du non-renouvellement de l’entente qui lie le géant Yoplait aux Aliments Ultima de Granby, une usine qui appartient aux coopératives Agropur et Agrifoods.

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Même si rien n’a encore été confirmé, la fin de ce contrat donné en franchise depuis 42 ans à Ultima et le transfert possible de la production vers l’usine Liberté de Saint-Hyacinthe, propriété de Yoplait depuis décembre 2010, en fait saliver plus d’un à Saint-Hyacinthe depuis quelques mois déjà.

Au CLD Les Maskoutains, on dit suivre avec beaucoup d’intérêt l’évolution de la relation d’affaires entre la multinationale du yogourt et l’usine granbyenne.Et pour cause, le transfert de la production de yogourt de Granby à Saint-Hyacinthe représente une manne potentielle de 165 M$ en chiffre d’affaires et des investissements de plusieurs dizaines de millions de dollars à l’usine Liberté, selon nos informations.« Nous avons déjà fait les démarches nécessaires pour positionner Saint-Hyacinthe comme lieu d’accueil d’un tel projet (fabrication des produits Yoplait chez Liberté) et nous avons assuré la direction de Yoplait de tout notre support », a confié au COURRIER Mario De Tilly, directeur général du CLD Les Maskoutains.Prudent dans ses commentaires, conscient de l’importance du dossier, il ne cache pas que Saint-Hyacinthe jouit d’un avantage concurrentiel majeur depuis l’acquisition de Liberté par le groupe Yoplait il y a un an. « Il est évident que notre région pourrait être un choix stratégique pour l’entreprise compte tenu de notre force dans le secteur agroalimentaire et, bien entendu, de la présence chez nous de Liberté, importante filiale de Yoplait », d’ajouter Mario De Tilly avec un optimisme modéré.La prudence est aussi de mise du côté de la direction de l’usine Liberté où l’on se garde bien d’attiser les rumeurs et les attentes démesurées.« Pour le moment, nous n’avons pas de plans pour nous lancer dans la fabrication de produits Yoplait », a indiqué le directeur général de Liberté, Martin Valiquette.Il faut savoir que les relations ne sont pas au beau fixe entre Yoplait et sa franchise canadienne depuis l’annonce du non-renouvellement de son contrat qui entraînera un manque à gagner de l’ordre de 165 M$ pour les Aliments Ultima, selon le quotidien La Voix de l’Est de Granby. « Le différend qui oppose Agropur au franchiseur de Yoplait, Sodimat, est maintenant devant la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale à Paris », a mentionné Pierre Claprood, chef de la direction d’Agropur à l’hebdomadaire La terre de chez nous.La direction d’Agropur fonde cependant peu d’espoir sur le renouvellement de la licence qui la lie à Yoplait. Ce contrat viendra à échéance en septembre 2013.En cas de rupture du lien d’affaires avec Yoplait, Agropur se dit prête à lancer sa propre marque de yogourt, une possibilité que devrait aussi devoir trancher la Cour.

Un enjeu de taille

La production de yogourts et de produits laitiers frais de marque Yoplait à l’usine Ultima de Granby représente un volume annuel de près de 100 millions de kilos.

Le transfert vers le centre de production de Liberté du boulevard Choquette à Saint-Hyacinthe obligerait l’entreprise à agrandir ses installations et à embaucher du personnel. Aliments Ultima à Granby compte pas moins de 305 employés syndiqués. Actuellement, Liberté fabrique une large gamme de produits laitiers, comme le populaire yogourt grec. En juin dernier, la direction de Liberté avait d’ailleurs annoncé un investissement de 12 M$ à son usine de Saint-Hyacinthe en vue de réaliser un projet d’agrandissement. Cette première opération doit permettre d’y transférer la production de sa seconde usine de Brossard qui fermera ses portes prochainement et de créer une cinquantaine d’emplois en plus de la soixantaine actuelle.Rejointe par LE COURRIER au siège social de Yoplait, basé à Boulogne en France, la haute direction n’a pas souhaité commenter ce dossier sensible et donner des détails sur sa stratégie de développement au Canada dans l’immédiat.Depuis le printemps 2011, Yoplait est la propriété du géant américain General Mills, qui a acquis 51 % de ses actions pour un montant de 1,2 G$ (US). La coopérative laitière française Sodiaal détient le reste.C’est en décembre 2010 que Yoplait a acquis Liberté des mains de Swander Pace Capital et Roynat Capital pour un montant qui n’avait pas été révélé.

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